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Vendredi 15 février 2008

Appliqués, tous deux assis côte à côte, les enfants terminent de recopier la leçon de géographie se trouvant au tableau. D’un geste élégant, le professeur Smith pose la craie sur le rebord de l’ardoise et retourne sur la grande table servant à la fois de bureau et de pupitre de travail pour les élèves. Elle est si grande que de nombreux autres étudiants pourraient y trouver leur place sans être serrés. On ne remarque guère qu’il s’agit d’une pièce faite pour les repas de famille et autres mondanités. Sur les murs, le père de Peter a accroché de grandes cartes, plus ou moins anciennes, des schémas d’écorchés, une frise sur la royauté anglaise et de nombreuses étagères avec les livres utilisés par les deux garnements. Un recoin abrite des bechers et des tubes à essais, un autre un squelette de chat parfaitement reconstitué, sans oublier Albert, le célèbre compagnon du professeur qui ne le quitte jamais et qui peut se narguer d’avoir les tibias les plus blancs et les plus rutilants de toutes les structures sur pieds d’humanoïdes. Alors que Jérémy range ses affaires dans sa trousse attitrée, Peter pousse un soupir de soulagement en mettant enfin le point final à son paragraphe.

            «  Il vous reste une demi-heure avant le repas, note le professeur en regardant sa montre. Vous pouvez aller faire un tour... ou vous laver les mains. »
Monsieur Smith évite alors de s’attarder sur les mains pleines d’encre que son fils pose sur ses livres.
            «  Nous serons à l’heure à la cuisine, promet Jérémy. »
Tous deux quittent la salle à manger, devenue salle de cours, et s’arrêtent un instant dans le grand hall.
            « Mon père sait vraiment être rasoir, renifle Peter un peu honteux sans trop savoir pourquoi.
-         Ton père est un prof, c’est normal.
-         Mouais. Bon, on fait quoi ?
-         Ben, on va se laver les mains dans nos chambres et puis... comme il fait jour, j’irai bien refaire un tour du côté de la chambre du fond.
-         Ok. Je te suis. »
Le passage à la savonnette n’a pas fait long feu que les deux amis sont déjà à marcher dans le couloir en direction de la porte condamnée. Les mains dans les poches, ils observent les tableaux pendus aux murs. Parfois, ils s’arrêtent devant une tête qui les interpelle et, avec ce rire gras qui caractérise les enfants qui veulent absolument s’amuser d’un rien, ils entament une partie de moquerie sur telle ou telle allure disgracieuse à leur goût. Puis Jérémy donne un léger coup dans le ventre de son camarade.
            « Nous y voila. Allons voir si la porte s’ouvre cette fois.
-         Non, Mrs Chocolat nous a bien dit qu’elle était fermée depuis des lustres et que personne n’avait les clés. Donc, forcément, elle ne va pas s’ouvrir. »
Peter est très fier de son bon sens sans appel, mais il suit Jérémy qui s’obstine à essayer de tourner la poignée. Bien sûr, rien ne se passe. Le garçon brun secoue la tête.
            «  Je te jure qu’il y avait un vacarme de tous les diables, là-dedans.
-         Mais je te crois. C’est sûrement un oiseau qui est entré et qui a fait son nid.
-         C’était pas le bruit d’un oiseau...
-         Ah oui, c’est vrai... ben alors un oiseau qui a ouvert une compagnie de transport ferroviaire, alors.
-         Tu te moques de moi, reconnaît Jérémy le sourire aux lèvres, mais je suis pas dingue. »
Du rez-de-chaussée, une voix s’élève. C’est Maggie qui les appelle pour prendre le repas. Les enfants, se retournent et font marche arrière. Peter est déjà loin devant, l’estomac sur pattes s’étant enclenché. Jérémy l’imite mais s’arrête soudain. Les sons d’un frottement puis d’un verrou lui titillent quelques instants les oreilles. Il se retourne... Rien. Non, rien de rien. Quoi que... Sur le sol, à quelques pas de la porte condamnée, une tache plus claire attire son attention. Il s’approche et se baisse. C’est un morceau de papier. Il essaie à nouveau la poignée, mais elle résiste toujours. Alors il prend le billet froissé et le fourre dans sa poche.
Dans la cuisine, Peter trône déjà devant son assiette. Son père lui donne une tape pour faire descendre ses coudes de la table. Jérémy s’assoit à son tour. Il ne remarque guère le repas gargantuesque qui s’annonce dans les différents plats. Tranquillement, il déplie le bout de papier chiffonné.
            « C’est quoi ? demande Peter. »
Là, écrit de travers, d’une main malhabile et cochonne, Jérémy lit :
 
Parté, ne vou ocupé plu de sette porte
Ou il va revenir pour de bon
Il ne doi pa y avoir de jeu
dan sette méson
            «  Alors ? réitère Peter.
-         Non, rien, répond Jérémy après quelques secondes de silence. Un papier blanc d’imprimerie qui est tombé d’un de mes livres. C’est un rebus. »
Et le billet retourne dans la poche de son pantalon.
Par marty crouz
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