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Mercredi 30 janvier 2008

 

 
Dehors, l’air est frais mais le soleil donne vraiment envie de sortir. Une fois leur manteau enfilé, Peter et Jérémy descendent les escaliers quatre à quatre. Ils courent et font crisser les feuilles rousses qui jonchent le sol. Ils contournent le manoir.
D’un seul coup, Peter s’arrête. Son compagnon, un peu surpris, l’observe avec étonnement.
« Non, pas par là, murmure le grand garçon blond. J’aime pas trop ce coin. »
Jérémy regarde derrière lui, dans la direction qui semble refroidir son camarade. Il ne voit que des haies, taillées à l’équerre, d’une assez bonne hauteur. Celles-ci sont disposées un peu à la manière des labyrinthes. Quelques taches blanches laissent deviner le sommet de statues.
«  Quoi ? demande Jérémy. Ce n’est qu’un jardin « à la française »...
-         Un « quoi » ? M’en fiche, moi, j’aime pas ce coin, c’est tout. Il est nul. Allons du côté du petit lac, il y a un arbre énorme sur lequel on peut facilement grimper. »
Peter allie le geste à la parole et se dirige déjà vers le plan d’eau. Jérémy ne l’entend pas de cette oreille. Il ne connaît pas encore le manoir et ses dépendances, il n’a jamais vu les jardins... et il entend bien visiter le labyrinthe de verdure. Il marche lentement vers celui-ci. Peter pousse un gémissement et se résout à rejoindre son ami en donnant un coup de pied mollasson à une pierre. Le petit français n’en revient pas : les haies sont vraiment taillées avec précision et forment des parois rectilignes. Leurs petites feuilles d’un vert brillant renvoient les rayons du soleil, alors qu’un tapis orangé craque sous leurs pieds. Ils croisent bientôt un banc de marbre, juste à l’entrée d’un espace semi-fermé. Une petite fontaine, par ses clapotis, invite l’intrus à pénétrer. Dans ce carré, se dressent trois bustes représentant un enfant au sourire moqueur, un homme à la moustache dessinée avec soin et au regard de faucon, un vieillard, les cheveux en bataille et l’air un peu fou. Chacun repose sur une colonne aussi blanche que la pierre dans laquelle ces visages sont taillés. Ils sont disposés en arc de cercle et la fontaine lance un mince jet d’eau devant eux. En face, un autre banc, également courbe, propose au visiteur de contempler ces faces. Peter renifle bruyamment en se frottant le nez du dos de la main.
«  Y’a plein de petits coins de ce genre, avec des statues un peu grecques... et des bancs. Mais dès que j’ai vu ces trois là, j’ai fait demi-tour. »
Jérémy ne comprend pas la crainte de son compère.
« Tu veux dire... que ce sont EUX, qui te font peur ? s’étonne-t-il.
-         Non, mais... C’est pas ça... Mais, bon... J’aime pas cette ambiance. Et puis...
-         Et puis quoi ? demande Jérémy qui commence à s’asseoir en tailleur sur le banc, une feuille rouge à la main.
-         Ben, ça, lance Peter en tendant le doigt vers un cube de pierre, posé sur sol, au pied des bustes. »
Jérémy, intrigué, se lève, fait le tour de la fontaine et s’accroupit devant cette espèce de borne. Là, gravées dans la roche, se trouvent deux dates : « 1820-1910 ». Le garçon frotte un peu la surface lisse et légèrement rongée par le temps : il n’y a aucune autre inscription.
« Ce sont les dates de quelqu’un, reprend Jérémy d’un ton professoral, de quelqu’un qui a vécu assez vieux, d’ailleurs. Mais on ne sait pas qui.
-         Ouais, ben j’vois pas pourquoi ils ont gravé ça sur cette grosse... »
Peter s’arrête instantanément, comme si une pensée vient de l’électrocuter. Ses yeux s’ouvrent comme deux balles de golf. Il déglutit et finit sa phrase avec le ton plaintif et suppliant des enfants qui veulent partir au plus vite d’un endroit :
« ... cette grosse stèle ! »
Son camarde, baissé, se relève et regarde l’enfant de pierre qui lui fait face.
« Tu as peut-être raison... C’est même plus qu’une stèle, c’est peut-être une sorte de case avec...
-         On rentre ! crie presque Peter, au bord de la crise de nerf. »
Ce dernier tortille l’extrémité de son manteau et serre ses jambes l’une contre l’autre en ondulant nerveusement. Son camarde lui jette un coup d’œil, sincèrement surpris.
« Tu as besoin d’aller aux toilettes ?
-         Quoi ? tremblote l’autre.
-         Ben oui, tu te trémousses comme un asticot. Si tu as besoin, c’est pas les haies qui manquent ici...
-         Non, non... J’ai pas envie. Mais... On peut y aller ? »
Jérémy comprend :
« Ne sois pas idiot ! Il fait un grand soleil, la fontaine est sympa. On a de quoi jouer à cache-cache là-dedans comme on veut ! C’est pas quelques statues...
-         Y’a pas que des statues ! Y’a une « stèle » aussi ! Et puis... on sait pas si y’en a pas d’autres !
-         Je ne crois pas, répond Jérémy sérieux. »
Il monte sur le banc, se hisse contre une haie et regarde alentours :
« Je ne vois que de grandes statues sur pieds, comme des statues grecques, avec des toges... »
Peter tape du pied. Il ne comprend pas l’obstination de son ami et prend le tout pour un jeu sadique. Jérémy sent qu’il va perdre son camarade d’un instant à l’autre. Avant que la dispute éclate, il redescend et lui dit :
« T’inquiète, c’est pas grave. Ca te passera un jour, mais si tu as peur, je suis d’accord : on s’en va. De toute façon, ton père doit déjà être dans la salle de cours. Viens.
-         Ah ! Quand même ! »
Peter ricane nerveusement et s’éloigne non sans soulagement du labyrinthe de verdure. Le vent souffle et fait danser les feuilles rousses.
Par marty crouz
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