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Mardi 22 janvier 2008
Sir Stenton ne fait aucun cas des deux enfants qui déjeunent sur l’immense table de chêne patinée. Il la contourne d’un pas glissant et précis, tel un fantôme et se campe, très droit, à hauteur de Mrs Chocolat.
            « Maggie, je ne rentrerai pas ce soir. Je dois prendre l’avion pour Bucarest et rejoindre un partenaire financier. Je passerai la nuit là-bas et ne rentrerai que le lendemain au soleil couchant.
-         Avez-vous besoin d’un en-cas pour ce midi ? demande très poliment l’employée.
-         Non, ce n’est pas la peine. Vous me contactez en cas de problème au manoir : je ne pourrai pas vous rappeler avant demain dans l’après midi, mais laissez au moins un message.
-         Tout ira bien.»
L’homme au complet noir s’apprête à sortir de la cuisine et à disparaître comme à son habitude quand Jérémy le stoppe dans son élan. Le garçon lance, d’une voix mal assurée :
            « Sir Stenton ? Heu... N’avez-vous pas entendu du bruit, cette nuit ? »
Jérémy ne peut se résoudre à tutoyer l’homme qu’il a si près de lui. Il n’y arrive pas et ne cherche pas à se forcer. Stenton se tourne lentement, une fatigue dédaigneuse dans ses yeux et lui répond calmement :
            « A part tes discussions puériles avec ton ami dans ta chambre, j’étais trop absorbé par mon travail pour entendre quoi que ce soit.
-         Mais comment nous a-t-il entendu ? marmonne Peter en manquant de s’étouffer avec un morceau de croissant.
-         Des claquements et... une sorte de sifflements, continue courageusement Jérémy.
-         Ce manoir est ancien, ses planchers craquent la nuit et le vent habite parfois les étages supérieurs. »
Sir Stenton reprend son chemin vers la sortie. Le garçon brun le coupe à nouveau :
            « Ca venait de la pièce, au fond du couloir. »
L’homme s’arrête net. Il ne se retourne pas mais récite, tel un enregistrement :
            « Cette porte est condamnée depuis des décennies, voire des siècles... La clé est perdue et il n’y a rien à l’intérieur à part de la poussière et un sol très sale. Elle est insalubre, la porte a travaillé avec le temps. Elle s’est affaissé et a fragilisé les boiseries du couloir : la forcer ferait tomber tout un pan entier de ce mur. Je ne tiens pas à effacer la mémoire des artisans qui ont fait de cette demeure un des derniers trésors de l’art architectural. Bonne journée. »
Sir Stenton sort de la pièce. Monsieur l’observe un moment s’éloigner dans le salon, puis il saute sur une chaise de la cuisine – qui gémit d’un grincement sous son poids. Assis, il semble surveiller les garçons. Maggie s’affaire déjà pour le repas de midi, un grand coutelas à la main. Elle dresse les morceaux de choix d’un bœuf avec une dextérité qui interdit à la viande toute résistance. Peter grimace devant le spectacle, le bol dans les mains. « Blam ! »
« C’est vraiment dégoûtant ! murmure le garçon blond à son camarade.
-         Tu vas pourtant bien le manger, ingrat ! répond Mrs Chocolat qui force sa voix en voulant avoir l’air méchante. Si vous avez fini, déguerpissez de ma cuisine et allez dans le jardin, il fait beau ce matin. Mr Smith vous attend pour dix heures, à la salle à manger, pour commencer les cours.
-         Super ! ronchonne Peter. »
Ils posent leur bol dans un des éviers et sortent en courant. Monsieur les regarde passer en hochant étrangement sa tête aplatie. Il n’a pas vu que Maggie s’est postée devant lui. Quand il se retourne, son museau rose est face au tablier à fleurs.
« J’ai besoin de cette chaise, l’animal. Je dois attraper les plats des étagères hautes. Allez, descends. »
Le félin, d’abord un peu surpris, se lève mais ne fait pas mine de vouloir quitter son promontoire. Il s’étire, les pattes avant font craquer la paille sous le pincement des griffes. Mollement, il baille, puis se rassoit en se léchant les pattes, comme un énorme nabab.
« D’accord, j’ai compris. On va le faire à ma manière, si tu veux bien. »
Mrs Chocolat s’éloigne du chat qui la suit du regard. Elle ouvre le placard à balais.
Dans le salon, la pendule toque doucement et marque 9h30. Le feu crépite déjà, mais d’un entrain jeune et timide. Les bûches sont encore couvertes de vert et lancent de petites étincelles. Tout à coup, un chat traverse la moitié de la pièce, un hurlement nasillard en fond sonore, sans toucher le sol. Après une lourde mais parfaite réception sur le parquet souffrant, l’animal lance un sifflement agressif vers la cuisine. Les poils encore tout hérissés, il traverse avec fierté le peu qui le sépare du hall... mais le fessier un peu plus relevé qu’à l’ordinaire.
Par marty crouz
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Commentaires

Hé hé, trop bon ce chat, il me rappelle le chat de feu ma grand-mere. Toujours caché dans les angles pour sauter sur tous ceux qui passent par là. Par contre, mention tres spéciale pour ta facon d'écrire, je voulais rattraper mon retard en plusieurs fois parce que désagréable de lire sur un écran et j'ai absorbé mes "x" chapitres de retard d'un trait. Tu as vraiment du talent ( vala, ca c'est dit)
Commentaire n°1 posté par Rackael le 24/01/2008 à 04h54
A Rackael : *-* Merciiiiiiiii
Commentaire n°2 posté par marty-crouz le 24/01/2008 à 10h02

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