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Mardi 15 janvier 2008
Au petit matin, devant son bol de thé chaud, Jérémy regarde sa tartine flotter et tournoyer lentement. La nuit a été plutôt courte, le sommeil dur à venir. Maggie secoue la tête de dépit ; elle range quelques ustensiles à droite, elle l’observe, elle range quelques ustensiles à gauche, elle l’observe... Puis elle n’y tient plus. Alors qu’un coucou assène 9h00 du matin, elle demande, au bord de la crise de nerfs :
« Tu n’aimes pas ton petit déjeuner ? Il n’est pas bon ? »
Comme sorti d’un rêve, Jérémy sursaute.
« Hein ? Heu, si, si ! C’est très bon, succulent même... Mais, je n’ai pas très bien dormi cette nuit, alors j’ai un peu du mal à me réveiller ce matin. »
Mrs Chocolat pousse un soupir d’aise, visiblement rassurée comme si la fin du monde venait d’être radicalement écartée.
« C’est normal les premières nuits, dit-elle en essuyant la vaisselle de la veille. C’est une grande maison qui craque, qui grince, et puis elle est un peu froide et humide. Je te rajouterai un édredon ce soir. »
Jérémy pense déjà à l’effort que lui demande celui qu’il a pour le moment sur son lit : il faut soulever le poids d’un éléphant mort pour pouvoir se retourner.
« Non, non, je n’ai pas eu froid. Mais, j’ai entendu... du bruit.
-         Oui, répond négligemment Maggie, les parquets qui grincent...
-         Non... Des claquements...
-         Oui, des claquements de portes, certaines au grenier peuvent s’ouvrir avec le courant d’air...
-         ... et un train.
-         Un quoi ? »
Elle lâche ses casseroles et se retourne vers lui, s’essuyant les mains à son tablier fleuri.
« Aucune voie ferrée ne jouxte la maison. Tu es sûr ?
-         Aucun doute possible.
-         Tiens. Le vent a peut-être porté le bruit sur plusieurs kilomètres... C’est étonnant, mais pas impossible. »
Elle s’empare de la théière et remplit un nouveau bol. Peter vient d’entrer dans la cuisine. Il froisse ses cheveux filasses, se gratte le dos, sourit d’un air niais, ensuqué, à Mrs Chocolat et se plante devant son petit déjeuner. Il enfourne un croissant réchauffé avec la galanterie d’un hippopotame.
« S’lut ! T’es matinal, dis donc. »
Des miettes volent de sa bouche, trop petite pour le morceau qu’il vient de mettre dedans.
« J ‘ai pas très bien dormi cette nuit.
-         Ben, raison de plus !
-         Tu n’as rien entendu... toi ?
-         Si, y’avait une porte qui claquait.
-         Ah ! Tu n’es pas allé voir ?
-         Ben non, faisait trop froid c’te nuit. »
Il avale un peu de son thé, tend le bras vers le lait et en verse dans son bol. Il remue sa cuiller avec l’art du goinfre non rassasié. Il prend une tartine et saisit le couteau à beurre.
« Sympa les p’tits déj’ français ! Les oeufs et le lard, on s’en passe finalement...
-         Moi je suis allé voir d’où ça venait.
-         Moi j’ai mis mes boules Quies.
-         Tes quoi ?! »
Jérémy manque de s’étouffer avec son thé. Un immense sourire aux lèvres, large comme une banane géante, il imagine Peter enfourner ses boules Quies dans ses oreilles – comme il vient de le faire avec le croissant - , mettre un bonnet de nuit à poids roses et s’endormir en posant son dentier sur sa table de chevet.
«  Ben quoi ? A Londres, y’a de la circulation, j’ai pris l’habitude là-bas... Y’a pas de honte à avoir, lance-t-il un peu pincé.
-         Non, non, s’excuse maladroitement Jérémy, un hoquet moqueur au fond de la gorge. Mais, bon, moi j’y suis allé. »
Il redevient sérieux. Maggie, les mains sur les hanches, écoute la conversation.
« Ca venait du fond du couloir des chambres.
-         La porte était mal fermée, récite Peter comme si le tout coule de source.
-         Non. En fait, elle était fermée à clé.
-         Pouvait pas claquer alors, note le blondinet, occupé par l’étalage d’une montagne de confiture sur sa tartine beurrée.
-         Ca venait de l’intérieur de la pièce. Il y avait aussi de la lumière qui passait par en dessous, et puis... »
Jérémy s’arrête, un peu embêté par l’aspect grotesque de ce qui va suivre.
« Ben après, j’ai entendu un train. »
Cette fois-ci, sans aucun fair-play, c’est Peter qui se moque ouvertement de son camarade.
« Ben, on va t’appeler Jeanne[1], mon pote ! Fais gaffe, on en a brûlé pour moins que ça !
-         Je ne plaisante pas, ça venait de la pièce. Alors j’ai essayé d’ouvrir, je pensais sincèrement qu’il y avait quelqu’un dedans. Je voulais qu’il fasse moins de bruit, mais comme c’était fermé...
-         Ben, t’as pas pu entrer.
-         Ouais. Et tout le bruit s’est arrêté d’un coup comme si c’était de ma faute, la lumière s’est éteinte et ça a été le calme plat. »
Peter hausse les épaules et regarde son ami : il semble d’accord, il y a un mystère là-dessous. Mais rien de très inquiétant non plus. Il enfourne encore une tartine. Mrs Chocolat s’avance un peu et entre dans la conversation.
« La chambre du fond, si c’est bien une chambre, a toujours été fermée. Je n’ai jamais vu ce qu’il y avait à l’intérieur. Sir Stenton n’en a même pas la clé. Cela fait très longtemps qu’elle est close ; même enfant, Mr Stenton ne l’a jamais connue ouverte.
-         Personne n’a voulu forcer la serrure ? demande Jérémy pour qui cette annonce est totalement illogique.
-         Et bien, non, lance-t-elle un peu surprise elle-même. J’avoue que c’est étonnant, mais tout le monde s’en fiche de cette porte. Le manoir est assez grand, les membres successifs de la famille n’ont jamais eu l’idée de faire quelque chose de cette pièce. Quant à nous, les employés, nous ne nous en préoccupons guère. C’est d’ailleurs un coin où nous oublions même de faire le ménage ! » 
Elle cligne de l’œil d’un air complice.
« C’est toujours une surface en moins à astiquer !
-         Ma main était toute noire, en effet, quand j’ai essayé d’ouvrir.
-         Oh, c’est vraiment dégoûtant alors, je dirai à Irma de passer un coup de plumeau sur la poignée. »
Puis, comme prise sur le fait en plein vol, elle sursaute et retourne laver ses casseroles. Sir Stenton vient d’entrer dans la pièce, un manteau noir ouvert sur un costume sombre et un attaché-case à la main. Monsieur tourne autour de lui en jetant à la ronde des regards hautains.
 

[1] Jeanne d’Arc : elle aurait entendu des voix lui disant de sauver le trône de France. Elle fut brûlée vive. Demandez à votre prof d’histoire !

 

Par marty crouz
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Commentaires

Ah ah ah ! Elle est bien bonne !!! T'en connais un prof. d'histoire, toi ??? Na nèreuh !!!
Commentaire n°1 posté par Cok le 20/01/2008 à 21h52
A Cok : Non ?? Mais qui ??? Diantre ! Je ne vois pas... Ceci dit ce n'est pas la période que je rabache le plus avec mes louveteaux, eux c'est l'époque contemporaine... Et crois moi, ça fait déjà peur quand on voit ce qu'ils retiennent ! Ah, au fait, "Hiroshima était une ville juive, d'où la bombe atomique lancée par les Allemands". On en apprend tous les jours, pas vrai ? ;-)
Commentaire n°2 posté par marty-crouz le 21/01/2008 à 10h35
Ben t'as bien fait de préciser je croyais que tu parlais de Jeanne Calmant ( boulet) ;)
Commentaire n°3 posté par Rackael le 24/01/2008 à 04h48
A Rackael : Grande dame aussi, souviens-toi... Elle avait même fait un disque. Comment ça, tu ne l'as pas acheté ?!!!! C'était de la même veine que le disque de Jean Paul II. Collectors.
Commentaire n°4 posté par marty-crouz le 24/01/2008 à 10h05

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