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Dimanche 16 décembre 2007
Tout a l’air démesuré. Jérémy se sent comme avalé par ce qui l’entoure : l’escalier central, les tableaux gigantesques aux visages sévères, les tentures sombres festonnées d’or cuivré et, ressemblant à de monstrueuses méduses de cristal, les lustres miroitant à la lumière vacillante d’authentiques bougies. Le hall tente de réchauffer son ambiance par de grands fauteuils au velours cramoisi, tous surmontés d’une gueule de lion finement ouvragé dans un bois plein de noblesse.
Le garçon voudrait bien se blottir dans ce velours si doux, se recroqueviller sur lui-même et y passer le reste de sa vie ! Imperceptiblement, il a déjà rentré sa tête et son cou dans son col. Mrs Chocolat - son surnom est déjà trouvé ! – se rend bien compte que le décor est loin d’être rassurant pour un petit homme de 11 ans. Elle le serre dans ses bras potelés et lui murmure à l’oreille :
« C’est comme un château ici : on peut courir, monter, descendre, découvrir plein de salles derrières de lourdes portes mystérieuses, trouver des merveilles dans le grenier... et des araignées dans les sous-sols ! Mais qui nous dit qu’il n’y a pas un trésor caché dans ce manoir ? C’est l’aventure qui t’attend dans cette demeure, mon bonhomme ! »
Jérémy ose un regard vers elle avec un timide sourire. Lui répond alors un clin d’œil si appuyé qu’il ne peut réprimer un léger gloussement. Il aimerait bien lui dire qu’il est un peu grand pour ce genre de « salade », mais finalement il se tait. Il observe à nouveau ce qui l’entoure... Oui... On peut imaginer beaucoup de choses ici... Imaginer d’autres pièces encore plus impressionnantes que ce hall... Mais, tout seul... Ici...
Tout à coup un bruit de pas dévale les escaliers en marbre, fait crisser le bois de la rampe, comme une détonation.
« Salut ! »
C’est un autre garçon. Un peu plus âgé que Jérémy – en tout cas plus allongé- le nouveau venu arbore deux grandes incisives qui lui donnent un petit air gentiment benêt. Ses cheveux ont une teinte blonde orangée, un peu terne, et sont dépeignés à souhait. Son pantalon est un peu court et ses souliers trop vernis, son pull jacquard laisse sortir à la base et au col une chemise blanche. Une cravate noire et fine tente de coordonner le tout. Il s’arrête devant Jérémy.
«  Je m’appelle Peter, mon père m’a dit que tu devais arriver aujourd’hui : tu penses comme j’étais impatient ! »
Il lui tend la main et la lui serre maladroitement.
« Je ne savais pas que j’avais un... enfin, une sorte de frère.
-         Merci pour « la sorte » ! note sans se fâcher Peter. En fait, j’suis le fils de ton précepteur, celui qui va te faire les cours... et à moi aussi malheureusement !
-         Oh, mais je t’ai entendu, garnement ! »
Une autre personne descend l’escalier. Un homme un peu trapu, assez petit de taille, portant un costume très bien coupé mais un peu élimé par endroits.
« Cet ingrat est mon fils, dit-il en désignant la ficelle rougissante à côté de Jérémy, et moi j’ai été embauché par Sir Stenton pour te faire la classe. »
Il lui tend également la main.
« Bonjour mon garçon. Nous t’avons précédé de quelques jours, mais Peter connaît déjà bien les lieux, il te fera la visite. Je suis là, si tu as... besoin de moi... de parler... Et Maggie aussi... »
La petit dame, qui serre encore Jérémy dans ses bras, fait un signe affirmatif.
« Je ne vais pas à l’école, alors ?
-Non, tu auras tes cours ici, avec moi... et avec le plus mauvais élève qu’il m’ait été donné. »
Peter croise les bras et se renfrogne dans un coin. Jérémy se laisse aller à un sourire.
« Mais... reprend-il, j’avais pensé que Stenton...
-Sir Stenton, coupe gentiment le précepteur.
-Oui, enfin, que Sir Stenton m’aurait inscrit dans un internat.
-Non. Ta... maman... voulait que tu reste ici, au manoir, et qu’il s’occupe bien de toi.
-Mais il me déteste. »
L’homme a un regard triste, il lève son visage vers Mrs Chocolat.
« Maggie, pouvez-vous aller préparer les boissons avec Peter, je vous amène l’enfant dans une minute.
-         Bien sûr, John. Allez, viens mon grand, on va préparer le goûter à ton copain. »
Peter sursaute comme un cabri et suit Mrs Chocolat.
« J’pourrais en prendre moi aussi ?
-Avec ce que tu as avalé à midi ?
-C’est que je suis en pleine croissance, moi.
-Bon, si c’est pour ta croissance, tu prendras ce que tu veux ! »
Les deux comparses partent joyeusement sur la gauche.
«  A tout de suite, mon pote ! »
Les domestiques rentrent également et se dispersent dans toute la maison. Le silence retombe. Le précepteur se met au niveau de Jérémy – ce qui ne lui coûte pas un effort considérable. Il observe avec bienveillance cette bouille encore ronde de l’enfance mais dont les cernes sont déjà un peu creusées, ces cheveux bruns, lisses et brillants, parfaitement peignés, ces deux billes marron dont le contour blanc a un peu rougi... L’homme soupire.
«  Tu sais, Sir Stenton est quelqu’un de très connu. C’est un grand homme d’affaires, mais qui finalement ne voit pas grand monde. Il n’est pas aimé par beaucoup de gens, mais c’est un géni... dans son genre. Il a hérité d’un passé familial qu’il a dû entretenir, faire évoluer et... Ce n’est pas facile quand on a des ancêtres aussi prestigieux que les siens. Il faut toujours être le premier...
-         Il me déteste, je le sais.
-         Il a toujours vécu seul. Son unique lien, c’est son frère, qui a une famille, des enfants... et quelques cousins, plus ou moins éloignés... Il ne les voit jamais. Il n’a de rapports qu’avec ses hommes qu’il dirige, au bureau. Il n’a pas l’habitude d’aimer quelqu’un.
-         Il a aimé ma mère.
-         Mon Dieu, Jérémy, d’après ce que j’ai pu voir dans son livre, il l’a aimée comme un fou...
-         Son livre ? »
Le précepteur se relève brusquement. Il sait qu’il est allé trop loin.
« Non, enfin... »
Jérémy le sonde.
« Son livre ? »
L’homme regarde de tous côtés puis se baisse à nouveau et chuchote :
« Bon. J’ai fait une bêtise de t’en parler. Mais garde-le pour toi, même si... je ne cautionnerais pas un tel comportement de ta part... »
Jérémy hoche la tête, quelque peu impatient.
« Bon... Voila. Je suis tombé cet après midi, par hasard, sur un carnet. Il y avait des lettres collées et je... J’ai... Bon sang, quel idiot je fais ! Bon, j’ai lu. C’était la correspondance de ta mère avec lui, des premiers temps à ces derniers jours. La dernière lettre était tachée, comme si des gouttes l’avaient délavée : ta mère lui avait envoyé une lettre où elle lui demandait d’abord de la rejoindre et aussi de prendre soin de toi si son traitement ne donnait rien. Ils n’ont eu que deux mois de répit, à se connaître, à s’aimer, d’un côté comme de l’autre de la Manche. Ils parlaient mariage déjà quand ta mère a été malade subitement. Je t’assure que ça l’a anéanti. »
Jérémy ne dit rien, il sent encore une boule énorme se former dans sa gorge, il tremble. Le précepteur lui pétrit les épaules. Sa voix est douce et rassurante.
« Tu seras mieux ici que dans la famille d’accueil temporaire où tu as été placé le temps des démarches. Ce n’est pas ton pays d’origine mais c’était celui de ton premier père, penses-y.
-Stenton ne sera jamais mon second père.
-Laisse faire le temps. Pardonne-lui d’être comme il est. Et puis, pense surtout à toi, à tes études, à ta vie... Laisse ce qui te tracasse de côté. Je suis là pour toi, Peter aussi. Tu as ta vie à construire, mon bonhomme. »
Il se lève et tend la main à l’enfant. Jérémy, se mouche un peu sur sa manche puis prend la poigne avec plaisir. Le précepteur le dirige vers la cuisine.
« Au fait, Jérémy, tu m’appelleras Professeur quand nous serons en classe.
-         Bien Monsieur.
-         Et mon nom est John Smith.
-         Smith ?
-         Quelque chose à redire ? »
Jérémy secoua la tête.
« Non, non, professeur ! John Smith. Bien professeur. »
S’appeler John Smith, c’est comme porter le nom de Durand ou de Dupont en France. C’est un nom tellement répandu que c’en est devenu remarquable. Et c’est à tord qu’on assimile un peu ces noms à un manque d’originalité... Une sorte de faute de goût. Foutaises ! Ce Smith pourrait très bien s’appeler aussi Durand ou Dupont, c’est l’homme le plus gentil de la planète, et ça, c’est une vraie valeur. L’odeur du chocolat chaud embaume déjà l’air jusqu’au salon.
Par marty crouz
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Commentaires

C'est tres bon, ca se lit bien et les descriptions aident bien à s'imprégner dans l'histoire. Si je peux me permettre, ne poste jamais de textes plus longs que celui là, la lecture sur écran n'est pas autant fascinante que sur bouquin et faudrait pas décourager le lecteur. Bises.... la suite....
Commentaire n°1 posté par Rackael le 19/12/2007 à 05h12
a rackael : oui, tu as raison, je trouve aussi. perso, moi, ca me fait même mal aux yeux. qd j'aurais plus de temps, je mettrai un fond un peu beige en arrière plan, ça soulagera déjà pas mal. le prochain post sera plus court et je veillerai aux prochains.
Commentaire n°2 posté par marty-crouz le 19/12/2007 à 11h38

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