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Dimanche 9 septembre 2007

       Jérémy est un garçon qui vient de perdre sa mère. Ce n'est pas facile pour lui de se retrouver lié à un homme qu'il connaît à peine et qui, surtout, n'habite pas la France. Le jeune adolescent, suivant les dernières volontés de sa mère, se retrouve logé chez cet homme détruit par le décès de celle qu'il a aimé avec passion mais trop peu de temps. Sir Stenton est un être froid, glacial même, voire inquiétant. Jérémy aurait pu l'appeler "papa" si le destin n'en avait pas décidé autrement et n'avait pas retiré la douceur de cette jeune femme à ces êtres dorénavant meurtris. La vie au manoir Stenton pourrait pourtant être gaie, avec la bienveillante Maggie, l'illustre professeur Smith et surtout Peter, un grand dadet blond aussi poltron que joueur et qui devient rapidement l'ami de Jérémy. Mais le manoir renferme un terrible et terrifiant secret dont le sort des deux enfants semble dépendre. Sir Stenton est forcément au courant mais pourquoi nie-t-il l'évidence avec dureté et orgueil ? L'aventure commence... et prenez garde : vous ne regarderez peut-être plus jamais vos vieux jouets comme avant ! 

...
« C’est comme un château ici : on peut courir, monter, descendre, découvrir plein de salles derrières de lourdes portes mystérieuses, trouver des merveilles dans le grenier... et des araignées dans les sous-sols ! Mais qui nous dit qu’il n’y a pas un trésor caché dans ce manoir ? C’est l’aventure qui t’attend dans cette demeure, mon bonhomme ! » ...

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 A bientôt.
Votre serviteur.

Par marty crouz
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Mercredi 12 décembre 2007
Les Jouets Du Manoir Stenton
 
La limousine s’arrête. La buée sur les vitres laisse entrer une lumière rousse d’automne. Jérémy sent une boule énorme dans sa gorge ; il n’arrive plus à déglutir. Il tremble. Il sait très bien que la chaleur est douillette à l’intérieur de la voiture, que les sièges en cuir sont moelleux à souhait et que son père (enfin, son tuteur) lui permet de mettre ses pieds sur une peau tannée d’excellente qualité. Mais que va-t-il faire ici ? Il ne connaît personne... Avec un père (enfin, un tuteur) qui ne l’aime pas ; pire ! Qui le déteste. Même la langue change. Enfin, ça, ce n’est pas trop grave. Jérémy est bilingue : son français, sa langue maternelle, est parfait. A l’école, il était même « Monsieur zéro faute », ce qui est assez rare pour un enfant de 11 ans... Son anglais, sa langue paternelle, est lui aussi parfaitement maîtrisé. 
La limousine s’arrête. L’homme grand assis en face de lui, mais côté opposé, ouvre la portière. Il marque une pause, une fois à l’extérieur, le regard fixe sur l’immense maison, en relevant le col de son manteau. Puis il se penche vers le chauffeur, toujours assis derrière le volant.
« Vous prendrez l’allée centrale, sur la droite vous serez aux garages. J’ai téléphoné, Mary vous y attend, elle vous montrera votre appartement. 
- Bien, Monsieur, répondit l’autre. »
Jérémy sait bien qu’il doit descendre lui aussi. Le froid de cette portière ouverte le bloque encore plus.
« Descends. »
Cet ordre, simple, précis, aussi glacial que le marbre, ne prête pas à discussion. Le garçon avale sa salive, tire sur le loquet et pousse ce qui lui semble être la plus lourde des portes de l’Enfer. Sans trop réfléchir, il se met sur ses pieds et claque derrière lui définitivement toute trace du passé.
Sir Stenton ne l’attend pas, il avance de son pas lent mais ses grandes enjambées l’ont déjà éloigné de Jérémy. Il est en train d’approcher le grand et magnifique perron. Les marches montent en deux escaliers légèrement circulaires et se rejoignent devant une entrée monumentale. De chaque côté, deux ifs se jettent vers le ciel avec majesté et encadrent le tout de leur couleur outre-mer. Le sol, jonché de feuilles d’or et rouge, offre un tapis de velours à l’ensemble de la scène. Mais Jérémy pleure déjà. En silence, de grosses larmes, rares mais lourdes, sillonnent ses joues pâles.
Sir Stenton se retourne devant l’entrée. Il distingue la silhouette immobile, pétrifiée, du petit garçon planté dans les graviers. Sans plus d’égard, froid comme la mort, il disparaît à l’intérieur. Le personnel, tiré à quatre épingles, reste sur le perron. Ce ne sont que des mines tristes. On sait ce qui a frappé l’homme d’affaires, le chef d’entreprise, le maître des cours de la bourse... On ne dit rien. On regarde passer la longue silhouette raide et sombre et on se tait, avec respect.
Jérémy fait un pas en avant, mais ses jambes sont engourdies. Puis quelque chose lui réchauffe un peu le fond de l’estomac. Une dame, encapuchonnée car le crachin commence, descend en sautillant. Sa démarche est très rapide, un peu robotisée par l’excitation. Elle est proche maintenant. Son sourire tremble un peu mais il est large et découvre des dents de porcelaine. Ses mèches rousses, frisées, encadrent un visage tout en rondeur, gourmand. Elle sent le caramel et le bonbon à la fraise. Son tablier blanc se soulève, le vent va faire des siennes d’ici quelques temps. Les ifs se balancent doucement au même rythme que les hanches généreuses de ce petit bout de femme. Elle enlace Jérémy qui ne sursaute pas.
«  Mon pauvre chéri, tu vas attraper froid avec cette pluie fine ! Viens vite, je vais te faire un chocolat chaud, comme en France ! Avec des croissants... Je les ai fait à l’instant, ils sortent du four : tu vas te régaler. Viens, viens... »
Elle l’entraîne. En haut des escaliers, les mines ont changé. Les sourires sont sincères et illuminent toutes les faces. Le garçon remarque les boutons d’or des costumes, la brillance des souliers. Il va entrer et découvrir sa nouvelle maison, pour la première fois.
Par marty crouz
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Dimanche 16 décembre 2007
Tout a l’air démesuré. Jérémy se sent comme avalé par ce qui l’entoure : l’escalier central, les tableaux gigantesques aux visages sévères, les tentures sombres festonnées d’or cuivré et, ressemblant à de monstrueuses méduses de cristal, les lustres miroitant à la lumière vacillante d’authentiques bougies. Le hall tente de réchauffer son ambiance par de grands fauteuils au velours cramoisi, tous surmontés d’une gueule de lion finement ouvragé dans un bois plein de noblesse.
Le garçon voudrait bien se blottir dans ce velours si doux, se recroqueviller sur lui-même et y passer le reste de sa vie ! Imperceptiblement, il a déjà rentré sa tête et son cou dans son col. Mrs Chocolat - son surnom est déjà trouvé ! – se rend bien compte que le décor est loin d’être rassurant pour un petit homme de 11 ans. Elle le serre dans ses bras potelés et lui murmure à l’oreille :
« C’est comme un château ici : on peut courir, monter, descendre, découvrir plein de salles derrières de lourdes portes mystérieuses, trouver des merveilles dans le grenier... et des araignées dans les sous-sols ! Mais qui nous dit qu’il n’y a pas un trésor caché dans ce manoir ? C’est l’aventure qui t’attend dans cette demeure, mon bonhomme ! »
Jérémy ose un regard vers elle avec un timide sourire. Lui répond alors un clin d’œil si appuyé qu’il ne peut réprimer un léger gloussement. Il aimerait bien lui dire qu’il est un peu grand pour ce genre de « salade », mais finalement il se tait. Il observe à nouveau ce qui l’entoure... Oui... On peut imaginer beaucoup de choses ici... Imaginer d’autres pièces encore plus impressionnantes que ce hall... Mais, tout seul... Ici...
Tout à coup un bruit de pas dévale les escaliers en marbre, fait crisser le bois de la rampe, comme une détonation.
« Salut ! »
C’est un autre garçon. Un peu plus âgé que Jérémy – en tout cas plus allongé- le nouveau venu arbore deux grandes incisives qui lui donnent un petit air gentiment benêt. Ses cheveux ont une teinte blonde orangée, un peu terne, et sont dépeignés à souhait. Son pantalon est un peu court et ses souliers trop vernis, son pull jacquard laisse sortir à la base et au col une chemise blanche. Une cravate noire et fine tente de coordonner le tout. Il s’arrête devant Jérémy.
«  Je m’appelle Peter, mon père m’a dit que tu devais arriver aujourd’hui : tu penses comme j’étais impatient ! »
Il lui tend la main et la lui serre maladroitement.
« Je ne savais pas que j’avais un... enfin, une sorte de frère.
-         Merci pour « la sorte » ! note sans se fâcher Peter. En fait, j’suis le fils de ton précepteur, celui qui va te faire les cours... et à moi aussi malheureusement !
-         Oh, mais je t’ai entendu, garnement ! »
Une autre personne descend l’escalier. Un homme un peu trapu, assez petit de taille, portant un costume très bien coupé mais un peu élimé par endroits.
« Cet ingrat est mon fils, dit-il en désignant la ficelle rougissante à côté de Jérémy, et moi j’ai été embauché par Sir Stenton pour te faire la classe. »
Il lui tend également la main.
« Bonjour mon garçon. Nous t’avons précédé de quelques jours, mais Peter connaît déjà bien les lieux, il te fera la visite. Je suis là, si tu as... besoin de moi... de parler... Et Maggie aussi... »
La petit dame, qui serre encore Jérémy dans ses bras, fait un signe affirmatif.
« Je ne vais pas à l’école, alors ?
-Non, tu auras tes cours ici, avec moi... et avec le plus mauvais élève qu’il m’ait été donné. »
Peter croise les bras et se renfrogne dans un coin. Jérémy se laisse aller à un sourire.
« Mais... reprend-il, j’avais pensé que Stenton...
-Sir Stenton, coupe gentiment le précepteur.
-Oui, enfin, que Sir Stenton m’aurait inscrit dans un internat.
-Non. Ta... maman... voulait que tu reste ici, au manoir, et qu’il s’occupe bien de toi.
-Mais il me déteste. »
L’homme a un regard triste, il lève son visage vers Mrs Chocolat.
« Maggie, pouvez-vous aller préparer les boissons avec Peter, je vous amène l’enfant dans une minute.
-         Bien sûr, John. Allez, viens mon grand, on va préparer le goûter à ton copain. »
Peter sursaute comme un cabri et suit Mrs Chocolat.
« J’pourrais en prendre moi aussi ?
-Avec ce que tu as avalé à midi ?
-C’est que je suis en pleine croissance, moi.
-Bon, si c’est pour ta croissance, tu prendras ce que tu veux ! »
Les deux comparses partent joyeusement sur la gauche.
«  A tout de suite, mon pote ! »
Les domestiques rentrent également et se dispersent dans toute la maison. Le silence retombe. Le précepteur se met au niveau de Jérémy – ce qui ne lui coûte pas un effort considérable. Il observe avec bienveillance cette bouille encore ronde de l’enfance mais dont les cernes sont déjà un peu creusées, ces cheveux bruns, lisses et brillants, parfaitement peignés, ces deux billes marron dont le contour blanc a un peu rougi... L’homme soupire.
«  Tu sais, Sir Stenton est quelqu’un de très connu. C’est un grand homme d’affaires, mais qui finalement ne voit pas grand monde. Il n’est pas aimé par beaucoup de gens, mais c’est un géni... dans son genre. Il a hérité d’un passé familial qu’il a dû entretenir, faire évoluer et... Ce n’est pas facile quand on a des ancêtres aussi prestigieux que les siens. Il faut toujours être le premier...
-         Il me déteste, je le sais.
-         Il a toujours vécu seul. Son unique lien, c’est son frère, qui a une famille, des enfants... et quelques cousins, plus ou moins éloignés... Il ne les voit jamais. Il n’a de rapports qu’avec ses hommes qu’il dirige, au bureau. Il n’a pas l’habitude d’aimer quelqu’un.
-         Il a aimé ma mère.
-         Mon Dieu, Jérémy, d’après ce que j’ai pu voir dans son livre, il l’a aimée comme un fou...
-         Son livre ? »
Le précepteur se relève brusquement. Il sait qu’il est allé trop loin.
« Non, enfin... »
Jérémy le sonde.
« Son livre ? »
L’homme regarde de tous côtés puis se baisse à nouveau et chuchote :
« Bon. J’ai fait une bêtise de t’en parler. Mais garde-le pour toi, même si... je ne cautionnerais pas un tel comportement de ta part... »
Jérémy hoche la tête, quelque peu impatient.
« Bon... Voila. Je suis tombé cet après midi, par hasard, sur un carnet. Il y avait des lettres collées et je... J’ai... Bon sang, quel idiot je fais ! Bon, j’ai lu. C’était la correspondance de ta mère avec lui, des premiers temps à ces derniers jours. La dernière lettre était tachée, comme si des gouttes l’avaient délavée : ta mère lui avait envoyé une lettre où elle lui demandait d’abord de la rejoindre et aussi de prendre soin de toi si son traitement ne donnait rien. Ils n’ont eu que deux mois de répit, à se connaître, à s’aimer, d’un côté comme de l’autre de la Manche. Ils parlaient mariage déjà quand ta mère a été malade subitement. Je t’assure que ça l’a anéanti. »
Jérémy ne dit rien, il sent encore une boule énorme se former dans sa gorge, il tremble. Le précepteur lui pétrit les épaules. Sa voix est douce et rassurante.
« Tu seras mieux ici que dans la famille d’accueil temporaire où tu as été placé le temps des démarches. Ce n’est pas ton pays d’origine mais c’était celui de ton premier père, penses-y.
-Stenton ne sera jamais mon second père.
-Laisse faire le temps. Pardonne-lui d’être comme il est. Et puis, pense surtout à toi, à tes études, à ta vie... Laisse ce qui te tracasse de côté. Je suis là pour toi, Peter aussi. Tu as ta vie à construire, mon bonhomme. »
Il se lève et tend la main à l’enfant. Jérémy, se mouche un peu sur sa manche puis prend la poigne avec plaisir. Le précepteur le dirige vers la cuisine.
« Au fait, Jérémy, tu m’appelleras Professeur quand nous serons en classe.
-         Bien Monsieur.
-         Et mon nom est John Smith.
-         Smith ?
-         Quelque chose à redire ? »
Jérémy secoua la tête.
« Non, non, professeur ! John Smith. Bien professeur. »
S’appeler John Smith, c’est comme porter le nom de Durand ou de Dupont en France. C’est un nom tellement répandu que c’en est devenu remarquable. Et c’est à tord qu’on assimile un peu ces noms à un manque d’originalité... Une sorte de faute de goût. Foutaises ! Ce Smith pourrait très bien s’appeler aussi Durand ou Dupont, c’est l’homme le plus gentil de la planète, et ça, c’est une vraie valeur. L’odeur du chocolat chaud embaume déjà l’air jusqu’au salon.
Par marty crouz
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Vendredi 21 décembre 2007
Les pas font craquer un parquet de chêne robuste. Jérémy regarde avec envie la cheminée de marbre noir dans laquelle un feu crépite faisant onduler une lumière rouge et or dans toute la pièce. De larges fauteuils en cuir sont regroupés vers le foyer, une vaste table basse est disposée au centre. L’horloge aux 2 chevaux cabrés indique cinq heures du soir passé de quelques minutes. Dehors, le jour baisse déjà. Sur les murs, les boiseries et les cadres des tableaux forment un cocon couleur châtaigne avec les lames du parquet et les encadrements du plafond. Le garçon et son professeur traversent. Au fond, à gauche, vers la dernière fenêtre, un piano à queue aux touches ivoire, jaunies par le temps, impose le respect. Jérémy imagine les sons graves et profonds qui doivent en sortir. Un meuble-bibliothèque abrite enfin quelques ouvrages récents, mais Jérémy ne distingue pas les titres.
« Tu t’intéresses à la lecture ? demande, vivement intéressé, le précepteur.
-         Heu, non... Enfin, oui. J’essayais juste de lire quelques titres.
-         Il y a une autre salle, une belle bibliothèque, où la famille Stenton range toutes ses plus belles collections. Certains ouvrages ont des siècles ! Peter te la montrera.
-         Il y a beaucoup d’autres pièces ?
-        Le manoir est très vaste, mais Sir Stenton n’utilise que peu d’entre elles finalement. Sa vie se résume à son bureau. Il y passe aussi souvent ses nuits d’après ce que m’ont dit les domestiques. Il dort très peu. Sa chambre donne sur son bureau et le lit n’est quasiment jamais défait. Il a également à portée un cabinet de toilette et d’aisance. La porte de son bureau est un peu la porte de son appartement personnel.
-         Il ne se couche pas ?
-         Il doit surtout somnoler quelques heures dans son fauteuil puis se remettre au travail. Il quitte très tôt la maison lorsqu’il a des déplacements prévus et peut rentrer très tard le soir. Même ses repas sont portés à son bureau. »
Jérémy se demande alors à quoi peut bien lui servir une cuisine. Y a-t-il seulement mis les pieds un jour ?
« Il y a une salle à manger ?
-         Oui, répond le professeur Smith, mais comme il invite très peu de monde – tu t’en doutes – elle deviendra notre salle de classe. La table est immense et sera parfaite pour vos devoirs, vos manuels et les expériences que nous aurons à y mener. J’ai tout aménagé ce matin, tu verras, c’est un vrai appel à la connaissance ! »
Le garçon, amusé par cet élan passionné, lâche un sourire auquel le précepteur répond. Tout à coup, il sent quelque chose qui le pousse. L’enfant baisse les yeux et voit un énorme chat persan couleur charbon qui frotte l’arrière de sa tête contre sa jambe. Le professeur invite Jérémy à continuer malgré cela sa marche. Le chat se faufile entre ses jambes, manquant de peu de lui faire perdre l’équilibre, avec un bruit lancinant de gorge.
« Bonjour, toi, murmure Jérémy en baissant sa main vers l’animal.
-         Non, non. Je ne le ferais pas si j’étais à ta place, il est... disons... caractériel ! Il m’a griffé au sang hier et m’a mordu ce matin. Depuis j’ai abandonné tout sentiment amical à son égard ! Même Peter s’est fait lacérer le bras. »
 Jérémy est un peu étonné.
«  Oh, ne te fie pas à cet élan de caresses ! Il fait ça pour te marquer de son odeur. Les chats possèdent des glandes un peu derrière la tête : il indique juste, qu’à partir de maintenant, tu appartiens à son territoire tout autant que les tapis ! »
Avant de repartir, le félin obèse lèche doucement ses longs poils magnifiques, lève sa tête au minuscule museau rose et aplati. Il jette son regard d’opale, plein de morve, de dédain en guise de défi au garçon et s’en retourne vers un des fauteuils de la cheminée sur lequel il saute, avec une grâce étonnante vue son poids, disparaissant derrière les accoudoirs capitonnés. Le cuir émet un « pouf ! » plaintif puis le silence retombe.
« Cet animal de malheur s’appelle Monsieur. Ne lui soumets aucun ordre, pas même celui de te céder la place, il serait trop content de désobéir ! lance une voix féminine. »
Mrs Chocolat attend devant l’entrée de la cuisine. Un mince couloir sépare les deux pièces mais elle s’appuie sur la porte du salon. Elle invite de la main, avec le sourire, le professeur et son élève à venir s’asseoir dans une pièce carrelée et odorante.
Resté seul dans son fauteuil, le museau rosé dans ses pattes de velours, le gros animal lâche un soupir d’aise.
Par marty crouz
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Samedi 29 décembre 2007
« Dans la famille Radcliff, je voudrais... Heu... l’oncle ? »
Peter lève son nez de derrière ses grandes cartes et questionne du regard son adversaire. A la lueur du feu de cheminée, Jérémy est rosé et ses cheveux chatoient de reflets roux. Il ne réagit pas. Il semble perdu dans ses cartes, qu’il ne tient d’ailleurs plus très bien, elles sont presque trop basses ; Peter pourrait aisément tricher... Ce dernier se tortille à l’autre bout de la table basse.
« Hé, mon pote ! Tu dors ou quoi ?
-         Hein ? Ah, oui. Tu m’as demandé ? Heu... Non, j’ai pas, pioche. »
Peter secoue la tête, exaspéré pendant qu’il allonge un long bras maigre vers le tas de cartes.
« Ben, dis donc, c’est passionnant le jeu des sept familles avec toi ! Déjà que les cartes sont pas franchement marrantes. Je les ai trouvées dans le tiroir de la bibliothèque. Elles doivent dater d’un bon paquet de siècles !
-         Excus-moi, j’suis fatigué. Et puis je repensais à ce que nous avait dit Mrs Chocolat.
-         Mrs « Qui » ?
-         Maggie.
-         Ah, ouais... Mrs « Chocolat »... Bien vu ! »
L’horloge aux chevaux sonne 8 heures du soir. Les enfants ne vont pas manger, car la collation « croissants - chocolat chaud » a été tardive. Quelques fruits et laitages doivent être déposés dans leur chambre avant le coucher. Sur un des fauteuils du salon, Mr Smith somnole déjà, sa pipe en écume de mer encore à la main droite. A ses côtés, sur un autre fauteuil en cuir, Monsieur ronfle allègrement et bruyamment. Jérémy regarde ses cartes. Elles sont grandes et jaunies par le temps. Les dessins, anciens, représentent de nobles familles, corsetées, vestonnées, boutonnées de nacre ou encore parées de montre gousset... Les chignons de ses dames sont tirés en arrière, épais ou sages, les mines sont longues, pâles et un peu nacrées aux joues, quant aux messieurs, rares sont les imberbes, les moustaches allant de fines et recourbées à larges et épanouies, sans parler de la mode des favoris... Le garçon sent encore la bonne odeur de son grand bol et la tiédeur de cette cuisine rustique et gaie, où les meubles lourds et anciens se parent de dentelles rose fuschia, où les murs carrelés se réchauffent d’une multitude d’ustensiles en cuivre tous plus brillants les uns que les autres. Quant aux croissants... ils sont un peu plus « mous » que ceux de France mais, fabriqués par Maggie, beurrés à souhait !
Peter relance son camarde pour qu’il demande une autre carte.
«  La famille Parkinson... Tu as le père ?
-         Ouais.
-         La fille ?
-         Ouais.
-         La mère ?
-         Re-ouais.
-         Le fils ?
-         Ben non, pioche. »
Jérémy pioche en effet : la fille de la famille Radcliff. Il fait non de la tête et avant que Peter ne demande une carte il dit, en arrangeant son éventail dans sa main droite :
« Tu sais, ce qu’a dit maggie à propos de Stenton...
-         Quoi ? Qu’il est ennuyeux à mourir ?
-         Non, qu’il n’a jamais fait le bien et n’a jamais eu de moment de plaisir de toute sa vie. Même à Mrs Chocolat, ça l’étonne, un mec comme ça, sans joie, sans sourire.
-         Ah oui, et ben ? »
Peter écarte un peu ses doigts. Il veut en retirer une pour la replacer à droite. Ses longs doigts s’emmêlent, les cartes sautent comme prises d’une envie soudaine d’évasion.
« Rha ! Flûtes ! Regarde pas ! Y’en a partout sur le tapis... »
Jérémy continue sa conversation.
« Il n’a jamais fait le bien... Tu sais, c’est peu de temps après l’avoir connu que maman est tombée malade...
-         J’vois pas l’rapport. »
Une des cartes s’est glissée sournoisement tout contre Monsieur. Peter avance prudemment ses longs doigts vers la masse poilue et caractérielle qui ronfle comme un moteur de locomotive. Monsieur a soudain une envie malvenue de s’étirer et son derrière s’étale sur la moitié de la carte.
« Oh, c’est pas vrai ! Il va encore me bouffer ! Si... je fais... doucement...
-         Stenton est peut-être... la cause...
-         La cause de quoi ? s’énerve Peter. Tu vas pas bien ? Tu insinues quoi ? J’ai peut-être l’air idiot mais je le suis pas tout le temps : Stenton est pas un mec drôle, c’est vrai, mais c’est un peu tôt pour en faire un type louche, non ? Et puis tu l’as vu comme moi, il est fracassé par ce qui vous est arrivé, à tous les deux. Mon père t’as dit ce qu’il avait vu dans son carnet – quand je pense qu’à moi, il m’engueule quand je lis son journal avant lui ! »
Ce dernier essaie encore de tirer sur la carte qui ne veut pas venir et commence à entraîner avec elle l’arrière train du chat.
« Ouais, t’as raison, mais n’empêche... Je le sens vraiment pas, ce « type » comme tu dis.
-         Ben, en attendant, il nous héberge, et plutôt bien. C’est pas la vie de luxe, ici ? »
Peter tire un peu trop violemment sur la carte, qui cède, mais soulève le fessier de l’animal. Celui-ci se réveille tel une furie, saute sur le visage de Peter toutes griffes dehors et lui laboure les joues avant de sauter dans un autre fauteuil, plus éloigné.
« Aïe ! Saleté ! »
Jérémy ne peut retenir un hoquet moqueur devant les joues rougies de son compagnon.
« Il aurait pu me creuver les yeux ! »
Le professeur marmonne :
« Peter, c’est toi qui fait tout ce bruit ? Vas te coucher, veux-tu ? Montre à Jérémy sa chambre.
-         Mais il est huit heures !
-         Vous discuterez dans ta chambre, ça évitera de déranger ma soirée au coin du feu ! »
Mr Smith cale sa pipe dans sa bouche, prend le journal plié sur la table et disparaît derrière. Roulé en boule sur son coussin de cuir, Monsieur regarde les jeunes garçons, un étrange rictus au bout de son museau aplati et... Monsieur ronronne.

 

Par marty crouz
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Mardi 8 janvier 2008
Jérémy suit Peter le long du couloir. Son camarade s’appuie sur une console et montre de la main deux portes côte à côte.
« Celle de droite c’est la mienne, celle de gauche c’est la tienne. Normalement, tes affaires sont déjà installées. A toute ! »
Le grand blond s’engouffre dans sa pièce et disparaît. Jérémy se retrouve seul dans le couloir, un peu perdu par cet abandon soudain. Un étrange personnage à perruque le regarde dans un ancien cadre de chêne et de dorure. Il a l’air de le narguer.
« Qu’est-ce que t’as, toi ? lui demande Jérémy, amer. »
Il avance vers sa porte, pose sa main sur la poignée. Mais un léger bruit suspend son geste. Sur sa gauche, un peu plus loin, une autre porte vient de s’ouvrir. Sir Stenton en sort, une robe de chambre de satin noire nouée à la taille, les traits tirés et le visage sérieux. Il se baisse, ouvre une console en face de lui, en sort un chandelier et quelques bougies enroulées dans du papier, puis se relève et retourne dans ses quartiers. Avant de pénétrer complètement, il jette un regard sur Jérémy qui ne sait que dire.
« Bonne nuit, bégaye-t-il. »
L’homme ne bronche pas, ses yeux se détournent avec lenteur. Sa silhouette disparaît avec la soudaineté d’un tour de magie. On entend le « clac » de la porte qui vient de l’avaler.
Le garçon, très mal à l’aise, resté seul dans ce couloir maintenant désert, se penche vers l’interrupteur, plonge le tout dans le noir et pousse précipitamment la porte de sa chambre.
« Ben, dis donc ! T’as été longuet. »
Là, assis en tailleur sur son lit, Peter l’attend. Devant le sourire mais le regard interrogateur de Jérémy, il explique :
« Nos chambres sont reliées, regarde. »
En effet, une porte est ouverte et laisse entrer la lumière de la chambre de Peter. Jérémy s’approche du cabinet de toilette, un petit lavabo de céramique avec un robinet laitonné. De grandes serviettes blanches et douillettes pendent à une patère. Sur le sol, sa valise est rangée derrière une chaise, ses vêtements pliés sur une immense commode. Jérémy ouvre les tiroirs et enfourne rapidement ses quelques tee-shirts et autres pulls, ainsi que ses chaussettes et ses caleçons. Il referme la porte de la penderie où ses quelques vestes sont déjà défroissées et pendues. Il enlève ses baskets et s’assoit par terre, les fesses sur une épaisse descente de lit.
« Sir Stenton est juste à côté, lance Jérémy.
-         Ouais je sais, j’ai vu. Mais on entend rien, les cloisons sont vachement épaisses entre ses appartements et ta chambre. De toute façon, je ne sais pas ce qu’il fait... On ne le voit et on ne l’entend quasiment pas. Bon, on fait quoi ?
-         Heu... J’ai pris toute une collection de comics.
-         Tu lis des comics, toi ? demande Peter, le regard brillant comme si on lui a annoncé qu’il va voir la Joconde en personne.
-         Ben oui, mais j’ai une préférence pour Batman. »
Jérémy rampe vers la commode, ouvre le dernier tiroir et sort une grosse pile d’albums souples, parois écornés.
Il s’allonge sur le ventre, ouvre l’un d’eux au pied du lit. Peter s’étire sur l’édredon, la tête vers le bas.
« Tourne-le un peu en biais, sinon je ne peux pas lire. Cool, en plus c’est en version originale ! Merci, mon pote ! Parce que, moi, je ne parle pas français aussi bien que toi tu parles anglais ! »
La lecture et autres papotages durent quelques heures encore, puis la fatigue se fait sentir. Minuit sonne dans le couloir. Alors que son camarade est déjà depuis peu, de son côté, dans les bras de Morphée, Jérémy a éteind la lumière centrale et a allumé une petite lampe à huile dorée au-dessus d’un bureau. Il a déjà enfilé son pyjama. Une main dans les cheveux, il se dirige vers le lit.
« Clac ! »
Il s’arrête. A-t-il bien entendu ? Cela ressemble à une porte qui claque. Il va jeter un coup d’oeil par le trou de la serrure, après en avoir retiré la clé. Dans le couloir, tout est noir et endormi. « Bah, j’ai dû rêver, se dit-il » Il retourne se coucher. Il entre dans les draps, tire sur lui l’épais édredon fleuri, pose sa lampe sur le chevet et éteint la flamme.
« Clac ! Clac ! »
Les deux yeux de Jérémy font comme deux lucioles perdues dans le noir. Ils brillent et s’agitent un peu dans tous les sens.
« Clac ! Clac ! Clac ! »
Jérémy rallume la flamme et sort de son lit. Il tremble un peu, mais ouvre la porte de sa chambre. Le couloir l’accueille une fois de plus par les ténèbres.
« Clac ! »
Il manque de faire tomber sa lampe ! Le bruit vient de derrière.
« Clac ! »
Cette fois-ci, il voit bien que ce n’est pas la porte de Sir Stenton. Le couloir est si profond que le garçon ne distingue rien. Mais cela vient bien du fond. Il s’avance, le pas un peu tremblant mais très fier de son courage.
« Si je ne fais rien, je ne vais pas dormir ! Autant percer ce mystère qui doit juste être un simple courant d’air ! »
Arrivé à mi-parcours, il regrette cependant de ne pas avoir réveillé également Peter. Quelle idée d’avoir mis une pièce autant à l’écart ! Enfin, une porte apparaît sur la droite : la dernière. Jérémy constate avec un peu de dépit qu’elle est bien fermée et qu’elle ne claque pas.
« Clac ! Clac ! Clac ! »
Le bruit vient de derrière. De la lumière passe légèrement sous le bois de la porte close : une lumière vacillante, comme celle de sa lampe. Jérémy avale sa salive et toque d’abord doucement. Pas de réponse.
« Tchouf ! Tchouf ! Tchouf ! »
Le bruit d’un train ?! Allons donc !
« Tchouf ! Tchouf ! Clac ! Clac ! Ding ! Ding ! Ding ! »
La porte est épaisse, les sons semblent étouffés, mais le peu que Jérémy entend laisse présager du vacarme qui doit régner à l’intérieur ! Un peu rassuré par tous ces bruits - l’occupant ne doit sûrement pas dormir – Jérémy toque plus violemment contre la porte. Toujours rien, alors il pousse la porte et agite la poignée. La porte ne s’ouvre pas. Pire ! La lumière disparaît de l’interstice et les bruits cessent tout à coup. Interdit, le garçon se retrouve immobile dans un profond et lugubre silence. Il tente encore une fois d’ouvrir la porte mais elle semble fermée à clé. Alors, finalement peu en clin à s’éterniser dans ce couloir, il retourne rapidement dans sa chambre, courant presque. Il referme la porte derrière lui, souffle un peu : son cœur bat trop vite. Il se calme et retourne dans ses draps, pose sa lampe sur son chevet. Alors qu’il va pour éteindre la flamme, il voit que sa main droite est toute noire d’une poussière épaisse et collante. La poignée de la pièce du fond n’a pas dû être touchée par quelqu’un depuis longtemps.

 

Par marty crouz
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Mardi 15 janvier 2008
Au petit matin, devant son bol de thé chaud, Jérémy regarde sa tartine flotter et tournoyer lentement. La nuit a été plutôt courte, le sommeil dur à venir. Maggie secoue la tête de dépit ; elle range quelques ustensiles à droite, elle l’observe, elle range quelques ustensiles à gauche, elle l’observe... Puis elle n’y tient plus. Alors qu’un coucou assène 9h00 du matin, elle demande, au bord de la crise de nerfs :
« Tu n’aimes pas ton petit déjeuner ? Il n’est pas bon ? »
Comme sorti d’un rêve, Jérémy sursaute.
« Hein ? Heu, si, si ! C’est très bon, succulent même... Mais, je n’ai pas très bien dormi cette nuit, alors j’ai un peu du mal à me réveiller ce matin. »
Mrs Chocolat pousse un soupir d’aise, visiblement rassurée comme si la fin du monde venait d’être radicalement écartée.
« C’est normal les premières nuits, dit-elle en essuyant la vaisselle de la veille. C’est une grande maison qui craque, qui grince, et puis elle est un peu froide et humide. Je te rajouterai un édredon ce soir. »
Jérémy pense déjà à l’effort que lui demande celui qu’il a pour le moment sur son lit : il faut soulever le poids d’un éléphant mort pour pouvoir se retourner.
« Non, non, je n’ai pas eu froid. Mais, j’ai entendu... du bruit.
-         Oui, répond négligemment Maggie, les parquets qui grincent...
-         Non... Des claquements...
-         Oui, des claquements de portes, certaines au grenier peuvent s’ouvrir avec le courant d’air...
-         ... et un train.
-         Un quoi ? »
Elle lâche ses casseroles et se retourne vers lui, s’essuyant les mains à son tablier fleuri.
« Aucune voie ferrée ne jouxte la maison. Tu es sûr ?
-         Aucun doute possible.
-         Tiens. Le vent a peut-être porté le bruit sur plusieurs kilomètres... C’est étonnant, mais pas impossible. »
Elle s’empare de la théière et remplit un nouveau bol. Peter vient d’entrer dans la cuisine. Il froisse ses cheveux filasses, se gratte le dos, sourit d’un air niais, ensuqué, à Mrs Chocolat et se plante devant son petit déjeuner. Il enfourne un croissant réchauffé avec la galanterie d’un hippopotame.
« S’lut ! T’es matinal, dis donc. »
Des miettes volent de sa bouche, trop petite pour le morceau qu’il vient de mettre dedans.
« J ‘ai pas très bien dormi cette nuit.
-         Ben, raison de plus !
-         Tu n’as rien entendu... toi ?
-         Si, y’avait une porte qui claquait.
-         Ah ! Tu n’es pas allé voir ?
-         Ben non, faisait trop froid c’te nuit. »
Il avale un peu de son thé, tend le bras vers le lait et en verse dans son bol. Il remue sa cuiller avec l’art du goinfre non rassasié. Il prend une tartine et saisit le couteau à beurre.
« Sympa les p’tits déj’ français ! Les oeufs et le lard, on s’en passe finalement...
-         Moi je suis allé voir d’où ça venait.
-         Moi j’ai mis mes boules Quies.
-         Tes quoi ?! »
Jérémy manque de s’étouffer avec son thé. Un immense sourire aux lèvres, large comme une banane géante, il imagine Peter enfourner ses boules Quies dans ses oreilles – comme il vient de le faire avec le croissant - , mettre un bonnet de nuit à poids roses et s’endormir en posant son dentier sur sa table de chevet.
«  Ben quoi ? A Londres, y’a de la circulation, j’ai pris l’habitude là-bas... Y’a pas de honte à avoir, lance-t-il un peu pincé.
-         Non, non, s’excuse maladroitement Jérémy, un hoquet moqueur au fond de la gorge. Mais, bon, moi j’y suis allé. »
Il redevient sérieux. Maggie, les mains sur les hanches, écoute la conversation.
« Ca venait du fond du couloir des chambres.
-         La porte était mal fermée, récite Peter comme si le tout coule de source.
-         Non. En fait, elle était fermée à clé.
-         Pouvait pas claquer alors, note le blondinet, occupé par l’étalage d’une montagne de confiture sur sa tartine beurrée.
-         Ca venait de l’intérieur de la pièce. Il y avait aussi de la lumière qui passait par en dessous, et puis... »
Jérémy s’arrête, un peu embêté par l’aspect grotesque de ce qui va suivre.
« Ben après, j’ai entendu un train. »
Cette fois-ci, sans aucun fair-play, c’est Peter qui se moque ouvertement de son camarade.
« Ben, on va t’appeler Jeanne[1], mon pote ! Fais gaffe, on en a brûlé pour moins que ça !
-         Je ne plaisante pas, ça venait de la pièce. Alors j’ai essayé d’ouvrir, je pensais sincèrement qu’il y avait quelqu’un dedans. Je voulais qu’il fasse moins de bruit, mais comme c’était fermé...
-         Ben, t’as pas pu entrer.
-         Ouais. Et tout le bruit s’est arrêté d’un coup comme si c’était de ma faute, la lumière s’est éteinte et ça a été le calme plat. »
Peter hausse les épaules et regarde son ami : il semble d’accord, il y a un mystère là-dessous. Mais rien de très inquiétant non plus. Il enfourne encore une tartine. Mrs Chocolat s’avance un peu et entre dans la conversation.
« La chambre du fond, si c’est bien une chambre, a toujours été fermée. Je n’ai jamais vu ce qu’il y avait à l’intérieur. Sir Stenton n’en a même pas la clé. Cela fait très longtemps qu’elle est close ; même enfant, Mr Stenton ne l’a jamais connue ouverte.
-         Personne n’a voulu forcer la serrure ? demande Jérémy pour qui cette annonce est totalement illogique.
-         Et bien, non, lance-t-elle un peu surprise elle-même. J’avoue que c’est étonnant, mais tout le monde s’en fiche de cette porte. Le manoir est assez grand, les membres successifs de la famille n’ont jamais eu l’idée de faire quelque chose de cette pièce. Quant à nous, les employés, nous ne nous en préoccupons guère. C’est d’ailleurs un coin où nous oublions même de faire le ménage ! » 
Elle cligne de l’œil d’un air complice.
« C’est toujours une surface en moins à astiquer !
-         Ma main était toute noire, en effet, quand j’ai essayé d’ouvrir.
-         Oh, c’est vraiment dégoûtant alors, je dirai à Irma de passer un coup de plumeau sur la poignée. »
Puis, comme prise sur le fait en plein vol, elle sursaute et retourne laver ses casseroles. Sir Stenton vient d’entrer dans la pièce, un manteau noir ouvert sur un costume sombre et un attaché-case à la main. Monsieur tourne autour de lui en jetant à la ronde des regards hautains.
 

[1] Jeanne d’Arc : elle aurait entendu des voix lui disant de sauver le trône de France. Elle fut brûlée vive. Demandez à votre prof d’histoire !

 

Par marty crouz
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Mardi 22 janvier 2008
Sir Stenton ne fait aucun cas des deux enfants qui déjeunent sur l’immense table de chêne patinée. Il la contourne d’un pas glissant et précis, tel un fantôme et se campe, très droit, à hauteur de Mrs Chocolat.
            « Maggie, je ne rentrerai pas ce soir. Je dois prendre l’avion pour Bucarest et rejoindre un partenaire financier. Je passerai la nuit là-bas et ne rentrerai que le lendemain au soleil couchant.
-         Avez-vous besoin d’un en-cas pour ce midi ? demande très poliment l’employée.
-         Non, ce n’est pas la peine. Vous me contactez en cas de problème au manoir : je ne pourrai pas vous rappeler avant demain dans l’après midi, mais laissez au moins un message.
-         Tout ira bien.»
L’homme au complet noir s’apprête à sortir de la cuisine et à disparaître comme à son habitude quand Jérémy le stoppe dans son élan. Le garçon lance, d’une voix mal assurée :
            « Sir Stenton ? Heu... N’avez-vous pas entendu du bruit, cette nuit ? »
Jérémy ne peut se résoudre à tutoyer l’homme qu’il a si près de lui. Il n’y arrive pas et ne cherche pas à se forcer. Stenton se tourne lentement, une fatigue dédaigneuse dans ses yeux et lui répond calmement :
            « A part tes discussions puériles avec ton ami dans ta chambre, j’étais trop absorbé par mon travail pour entendre quoi que ce soit.
-         Mais comment nous a-t-il entendu ? marmonne Peter en manquant de s’étouffer avec un morceau de croissant.
-         Des claquements et... une sorte de sifflements, continue courageusement Jérémy.
-         Ce manoir est ancien, ses planchers craquent la nuit et le vent habite parfois les étages supérieurs. »
Sir Stenton reprend son chemin vers la sortie. Le garçon brun le coupe à nouveau :
            « Ca venait de la pièce, au fond du couloir. »
L’homme s’arrête net. Il ne se retourne pas mais récite, tel un enregistrement :
            « Cette porte est condamnée depuis des décennies, voire des siècles... La clé est perdue et il n’y a rien à l’intérieur à part de la poussière et un sol très sale. Elle est insalubre, la porte a travaillé avec le temps. Elle s’est affaissé et a fragilisé les boiseries du couloir : la forcer ferait tomber tout un pan entier de ce mur. Je ne tiens pas à effacer la mémoire des artisans qui ont fait de cette demeure un des derniers trésors de l’art architectural. Bonne journée. »
Sir Stenton sort de la pièce. Monsieur l’observe un moment s’éloigner dans le salon, puis il saute sur une chaise de la cuisine – qui gémit d’un grincement sous son poids. Assis, il semble surveiller les garçons. Maggie s’affaire déjà pour le repas de midi, un grand coutelas à la main. Elle dresse les morceaux de choix d’un bœuf avec une dextérité qui interdit à la viande toute résistance. Peter grimace devant le spectacle, le bol dans les mains. « Blam ! »
« C’est vraiment dégoûtant ! murmure le garçon blond à son camarade.
-         Tu vas pourtant bien le manger, ingrat ! répond Mrs Chocolat qui force sa voix en voulant avoir l’air méchante. Si vous avez fini, déguerpissez de ma cuisine et allez dans le jardin, il fait beau ce matin. Mr Smith vous attend pour dix heures, à la salle à manger, pour commencer les cours.
-         Super ! ronchonne Peter. »
Ils posent leur bol dans un des éviers et sortent en courant. Monsieur les regarde passer en hochant étrangement sa tête aplatie. Il n’a pas vu que Maggie s’est postée devant lui. Quand il se retourne, son museau rose est face au tablier à fleurs.
« J’ai besoin de cette chaise, l’animal. Je dois attraper les plats des étagères hautes. Allez, descends. »
Le félin, d’abord un peu surpris, se lève mais ne fait pas mine de vouloir quitter son promontoire. Il s’étire, les pattes avant font craquer la paille sous le pincement des griffes. Mollement, il baille, puis se rassoit en se léchant les pattes, comme un énorme nabab.
« D’accord, j’ai compris. On va le faire à ma manière, si tu veux bien. »
Mrs Chocolat s’éloigne du chat qui la suit du regard. Elle ouvre le placard à balais.
Dans le salon, la pendule toque doucement et marque 9h30. Le feu crépite déjà, mais d’un entrain jeune et timide. Les bûches sont encore couvertes de vert et lancent de petites étincelles. Tout à coup, un chat traverse la moitié de la pièce, un hurlement nasillard en fond sonore, sans toucher le sol. Après une lourde mais parfaite réception sur le parquet souffrant, l’animal lance un sifflement agressif vers la cuisine. Les poils encore tout hérissés, il traverse avec fierté le peu qui le sépare du hall... mais le fessier un peu plus relevé qu’à l’ordinaire.
Par marty crouz
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Mercredi 30 janvier 2008

 

 
Dehors, l’air est frais mais le soleil donne vraiment envie de sortir. Une fois leur manteau enfilé, Peter et Jérémy descendent les escaliers quatre à quatre. Ils courent et font crisser les feuilles rousses qui jonchent le sol. Ils contournent le manoir.
D’un seul coup, Peter s’arrête. Son compagnon, un peu surpris, l’observe avec étonnement.
« Non, pas par là, murmure le grand garçon blond. J’aime pas trop ce coin. »
Jérémy regarde derrière lui, dans la direction qui semble refroidir son camarade. Il ne voit que des haies, taillées à l’équerre, d’une assez bonne hauteur. Celles-ci sont disposées un peu à la manière des labyrinthes. Quelques taches blanches laissent deviner le sommet de statues.
«  Quoi ? demande Jérémy. Ce n’est qu’un jardin « à la française »...
-         Un « quoi » ? M’en fiche, moi, j’aime pas ce coin, c’est tout. Il est nul. Allons du côté du petit lac, il y a un arbre énorme sur lequel on peut facilement grimper. »
Peter allie le geste à la parole et se dirige déjà vers le plan d’eau. Jérémy ne l’entend pas de cette oreille. Il ne connaît pas encore le manoir et ses dépendances, il n’a jamais vu les jardins... et il entend bien visiter le labyrinthe de verdure. Il marche lentement vers celui-ci. Peter pousse un gémissement et se résout à rejoindre son ami en donnant un coup de pied mollasson à une pierre. Le petit français n’en revient pas : les haies sont vraiment taillées avec précision et forment des parois rectilignes. Leurs petites feuilles d’un vert brillant renvoient les rayons du soleil, alors qu’un tapis orangé craque sous leurs pieds. Ils croisent bientôt un banc de marbre, juste à l’entrée d’un espace semi-fermé. Une petite fontaine, par ses clapotis, invite l’intrus à pénétrer. Dans ce carré, se dressent trois bustes représentant un enfant au sourire moqueur, un homme à la moustache dessinée avec soin et au regard de faucon, un vieillard, les cheveux en bataille et l’air un peu fou. Chacun repose sur une colonne aussi blanche que la pierre dans laquelle ces visages sont taillés. Ils sont disposés en arc de cercle et la fontaine lance un mince jet d’eau devant eux. En face, un autre banc, également courbe, propose au visiteur de contempler ces faces. Peter renifle bruyamment en se frottant le nez du dos de la main.
«  Y’a plein de petits coins de ce genre, avec des statues un peu grecques... et des bancs. Mais dès que j’ai vu ces trois là, j’ai fait demi-tour. »
Jérémy ne comprend pas la crainte de son compère.
« Tu veux dire... que ce sont EUX, qui te font peur ? s’étonne-t-il.
-         Non, mais... C’est pas ça... Mais, bon... J’aime pas cette ambiance. Et puis...
-         Et puis quoi ? demande Jérémy qui commence à s’asseoir en tailleur sur le banc, une feuille rouge à la main.
-         Ben, ça, lance Peter en tendant le doigt vers un cube de pierre, posé sur sol, au pied des bustes. »
Jérémy, intrigué, se lève, fait le tour de la fontaine et s’accroupit devant cette espèce de borne. Là, gravées dans la roche, se trouvent deux dates : « 1820-1910 ». Le garçon frotte un peu la surface lisse et légèrement rongée par le temps : il n’y a aucune autre inscription.
« Ce sont les dates de quelqu’un, reprend Jérémy d’un ton professoral, de quelqu’un qui a vécu assez vieux, d’ailleurs. Mais on ne sait pas qui.
-         Ouais, ben j’vois pas pourquoi ils ont gravé ça sur cette grosse... »
Peter s’arrête instantanément, comme si une pensée vient de l’électrocuter. Ses yeux s’ouvrent comme deux balles de golf. Il déglutit et finit sa phrase avec le ton plaintif et suppliant des enfants qui veulent partir au plus vite d’un endroit :
« ... cette grosse stèle ! »
Son camarde, baissé, se relève et regarde l’enfant de pierre qui lui fait face.
« Tu as peut-être raison... C’est même plus qu’une stèle, c’est peut-être une sorte de case avec...
-         On rentre ! crie presque Peter, au bord de la crise de nerf. »
Ce dernier tortille l’extrémité de son manteau et serre ses jambes l’une contre l’autre en ondulant nerveusement. Son camarde lui jette un coup d’œil, sincèrement surpris.
« Tu as besoin d’aller aux toilettes ?
-         Quoi ? tremblote l’autre.
-         Ben oui, tu te trémousses comme un asticot. Si tu as besoin, c’est pas les haies qui manquent ici...
-         Non, non... J’ai pas envie. Mais... On peut y aller ? »
Jérémy comprend :
« Ne sois pas idiot ! Il fait un grand soleil, la fontaine est sympa. On a de quoi jouer à cache-cache là-dedans comme on veut ! C’est pas quelques statues...
-         Y’a pas que des statues ! Y’a une « stèle » aussi ! Et puis... on sait pas si y’en a pas d’autres !
-         Je ne crois pas, répond Jérémy sérieux. »
Il monte sur le banc, se hisse contre une haie et regarde alentours :
« Je ne vois que de grandes statues sur pieds, comme des statues grecques, avec des toges... »
Peter tape du pied. Il ne comprend pas l’obstination de son ami et prend le tout pour un jeu sadique. Jérémy sent qu’il va perdre son camarade d’un instant à l’autre. Avant que la dispute éclate, il redescend et lui dit :
« T’inquiète, c’est pas grave. Ca te passera un jour, mais si tu as peur, je suis d’accord : on s’en va. De toute façon, ton père doit déjà être dans la salle de cours. Viens.
-         Ah ! Quand même ! »
Peter ricane nerveusement et s’éloigne non sans soulagement du labyrinthe de verdure. Le vent souffle et fait danser les feuilles rousses.
Par marty crouz
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Vendredi 15 février 2008

Appliqués, tous deux assis côte à côte, les enfants terminent de recopier la leçon de géographie se trouvant au tableau. D’un geste élégant, le professeur Smith pose la craie sur le rebord de l’ardoise et retourne sur la grande table servant à la fois de bureau et de pupitre de travail pour les élèves. Elle est si grande que de nombreux autres étudiants pourraient y trouver leur place sans être serrés. On ne remarque guère qu’il s’agit d’une pièce faite pour les repas de famille et autres mondanités. Sur les murs, le père de Peter a accroché de grandes cartes, plus ou moins anciennes, des schémas d’écorchés, une frise sur la royauté anglaise et de nombreuses étagères avec les livres utilisés par les deux garnements. Un recoin abrite des bechers et des tubes à essais, un autre un squelette de chat parfaitement reconstitué, sans oublier Albert, le célèbre compagnon du professeur qui ne le quitte jamais et qui peut se narguer d’avoir les tibias les plus blancs et les plus rutilants de toutes les structures sur pieds d’humanoïdes. Alors que Jérémy range ses affaires dans sa trousse attitrée, Peter pousse un soupir de soulagement en mettant enfin le point final à son paragraphe.

            «  Il vous reste une demi-heure avant le repas, note le professeur en regardant sa montre. Vous pouvez aller faire un tour... ou vous laver les mains. »
Monsieur Smith évite alors de s’attarder sur les mains pleines d’encre que son fils pose sur ses livres.
            «  Nous serons à l’heure à la cuisine, promet Jérémy. »
Tous deux quittent la salle à manger, devenue salle de cours, et s’arrêtent un instant dans le grand hall.
            « Mon père sait vraiment être rasoir, renifle Peter un peu honteux sans trop savoir pourquoi.
-         Ton père est un prof, c’est normal.
-         Mouais. Bon, on fait quoi ?
-         Ben, on va se laver les mains dans nos chambres et puis... comme il fait jour, j’irai bien refaire un tour du côté de la chambre du fond.
-         Ok. Je te suis. »
Le passage à la savonnette n’a pas fait long feu que les deux amis sont déjà à marcher dans le couloir en direction de la porte condamnée. Les mains dans les poches, ils observent les tableaux pendus aux murs. Parfois, ils s’arrêtent devant une tête qui les interpelle et, avec ce rire gras qui caractérise les enfants qui veulent absolument s’amuser d’un rien, ils entament une partie de moquerie sur telle ou telle allure disgracieuse à leur goût. Puis Jérémy donne un léger coup dans le ventre de son camarade.
            « Nous y voila. Allons voir si la porte s’ouvre cette fois.
-         Non, Mrs Chocolat nous a bien dit qu’elle était fermée depuis des lustres et que personne n’avait les clés. Donc, forcément, elle ne va pas s’ouvrir. »
Peter est très fier de son bon sens sans appel, mais il suit Jérémy qui s’obstine à essayer de tourner la poignée. Bien sûr, rien ne se passe. Le garçon brun secoue la tête.
            «  Je te jure qu’il y avait un vacarme de tous les diables, là-dedans.
-         Mais je te crois. C’est sûrement un oiseau qui est entré et qui a fait son nid.
-         C’était pas le bruit d’un oiseau...
-         Ah oui, c’est vrai... ben alors un oiseau qui a ouvert une compagnie de transport ferroviaire, alors.
-         Tu te moques de moi, reconnaît Jérémy le sourire aux lèvres, mais je suis pas dingue. »
Du rez-de-chaussée, une voix s’élève. C’est Maggie qui les appelle pour prendre le repas. Les enfants, se retournent et font marche arrière. Peter est déjà loin devant, l’estomac sur pattes s’étant enclenché. Jérémy l’imite mais s’arrête soudain. Les sons d’un frottement puis d’un verrou lui titillent quelques instants les oreilles. Il se retourne... Rien. Non, rien de rien. Quoi que... Sur le sol, à quelques pas de la porte condamnée, une tache plus claire attire son attention. Il s’approche et se baisse. C’est un morceau de papier. Il essaie à nouveau la poignée, mais elle résiste toujours. Alors il prend le billet froissé et le fourre dans sa poche.
Dans la cuisine, Peter trône déjà devant son assiette. Son père lui donne une tape pour faire descendre ses coudes de la table. Jérémy s’assoit à son tour. Il ne remarque guère le repas gargantuesque qui s’annonce dans les différents plats. Tranquillement, il déplie le bout de papier chiffonné.
            « C’est quoi ? demande Peter. »
Là, écrit de travers, d’une main malhabile et cochonne, Jérémy lit :
 
Parté, ne vou ocupé plu de sette porte
Ou il va revenir pour de bon
Il ne doi pa y avoir de jeu
dan sette méson
            «  Alors ? réitère Peter.
-         Non, rien, répond Jérémy après quelques secondes de silence. Un papier blanc d’imprimerie qui est tombé d’un de mes livres. C’est un rebus. »
Et le billet retourne dans la poche de son pantalon.
Par marty crouz
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Mercredi 20 février 2008

Le reste de la journée se passe calmement, divisé en périodes de digestion, de cours, de jeux et d’occupations diverses et variées, de goûter et de vacation encore... Le tout sous l’œil plein de morve du félin des lieux. Quand le soir vient et que l’heure est au coucher (enfin, l’heure tardive du coucher car les garçons aiment beaucoup veiller...), Jérémy entend une fois de plus un vacarme de tous les diables. Il se lève, tremblant, fixe cette porte du fond qui le nargue sur ses gonds grippés, actionne la poignée qui ne déclenche rien. Puis le tout s’arrête.
Le lendemain, ce qui semble être acquis comme un rythme habituel recommence : lever, déjeuner, papotage sur les bruits de la nuit (qui ne laissent plus Peter si indifférent que cela), cours, et caetera. Le moment de la partie de cartes avec le jeu des 7 « familles de péquenauds », baptisé ainsi par l’illustre garçon blond qui, en plus d’être un courageux camarade allie l’humour délicat à une maturité sans pareille, sonne l’heure du départ pour les lits moelleux. Et cette nuit là, encore, les bruits reprennent, avec une intensité grandissante. Jérémy, en pyjama, ouvre la porte de sa chambre et souffle d’ennui devant ce qui lui semble être devenu une obligation pour continuer à dormir. Mais à sa grande surprise, la porte de Peter s’ouvre également. Un nez en trompette pointe timidement, puis deux yeux alourdis par le sommeil suivent l’appendice nasal de près. Les cheveux en bataille, le grand dadet remarque avec soulagement qu’il n’est pas le seul à « visiter » le couloir. Ce dernier secoue la tête d’un mouvement dirigé par son menton, à la manière d’un cheval. Cette question inaudible est pleinement comprise par Jérémy.
      « J’y vais, répond celui-ci. Tu viens avec moi, cette fois-ci ? »
Un dodelinement encore de la tête dit « oui ». Les deux amis foulent le tapis, Jérémy de ses pieds nus, Peter de ses pantoufles. Le bruit du train est maintenant très fort : les garçons entendent distinctement le « Tchouf ! Tchouf ! » de la cheminée vapeur et le « Ding ! Ding ! Ding ! » du passage à niveau. Avant qu’ils n’atteignent la porte interdite, le sifflement de la locomotive retentit. Mais d’autres sons viennent s’ajouter. Une détonation fait sursauter les enfants. Puis une autre et encore une autre, suivies de claquements : d’autres détonations moins puissantes. Des cliquetis de ferraille se mêlent, s’emmêlent, s’entrechoquent.
      «  Et ça, c’est quoi ? murmure Peter.
-         Heu... Je ne sais pas... On dirait... »
Jérémy cherche ; il pourrait penser à n’importe quoi. Mais il pense à des jouets. D’abord le bruit du train, puis ce mot qu’il a trouvé sur le tapis écrit d’une main pataude et qui mentionne «  Il ne doi pa y avoir de jeu dan sette méson »... Il pense à des jouets, et essaie de s’imaginer quels jeux peuvent produire ces sons. Des jeux vidéos ? Non, il y aurait une musique d’ambiance, des cris humains, des sons plus perfectionnés... Alors quoi ?
         «  Des soldats qui se battent.
-         Hein ? laisse échapper Peter.
-         Oui... C’est ça ! Des soldats qui se battent... Non ! Des poupées de soldats qu’on cogne entre elles ! Comme quelqu’un qui jouerait à la guerre ! »
Peter colle une de ses grandes oreilles contre la porte sous laquelle un filet de lumière s’échappe. Il acquiesce : son camarade semble avoir raison. Soudain, le grand blond recule violemment, comme effrayé. Jérémy est projeté en arrière et se cogne la tête contre le mur d’en face. Il retombe lourdement sur les fesses, un tableau au regard sévère se décrochant lui assène un coup sur le haut du crâne.
            « Aïe ! se plaint Jérémy en se massant. »
Il rejette de sa tignasse dépeignée une araignée se retrouvant exilée de sa toile, si longtemps accrochée à l’honorable tableau d’un vieillard chapeauté. Dans le couloir à peine éclairé par la lampe à huile (heureusement posée au sol au moment des faits), il ne voit pas la poussière qui lui couvre les épaules. Il se redresse et observe méchamment son camarade planté devant lui un peu honteux. Les bruits sont toujours là, de l’autre côté.
            « Désolé, bredouille Peter.
-         T’es malade ou quoi ? Tu m’as fait mal ! Enfin, c’est surtout le tableau...
-         Y’a eu un bruit.
-         Mais y’en a plein de bruits ! C’est bien ça le problème !
-         Non, mais un autre. Comme si on lançait quelque chose de l’autre côté de la porte... contre la porte. »
Jérémy se tait un instant et écoute. Ca tape, et retape... En fait, ça rebondit... Et puis ça se lance contre un mur... Et puis ça rebondit encore. 
            « Un ballon, dit simplement Jérémy.
-         Ca en plus du reste, bonjour le tintamarre. J’arrive pas à croire que mon père entende rien.
-         Il dort du côté opposé, au-dessus de la cuisine. Il faut croire qu’il est trop loin et qu’il a le sommeil lourd.
-         Et Maggie ? demande Peter.
-         Elle dort dans le bâtiment des dépendances, au rez-de-chaussée. »
Le garçon brun secoue la tête ; ils sont vraiment les seuls à être dérangés par cette fichue pièce. Il touche la poignée, la fait grincer. Il est sûr que le bruit va s’arrêter, comme les fois précédentes. Le bruit stoppe en effet. Les deux garçons, haletant légèrement sous l’angoisse malgré tout présente de la situation, observent la porte d’où plus aucun son ne s’échappe. 
« On peut aller se coucher, finit par dire à voix basse Jérémy. »

Par marty crouz
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Mercredi 20 février 2008

Doucement, sur la pointe des pieds,  ils rebroussent chemin. Mais leur souffle manque de s’arrêter lorsqu’ils entendent nettement la poignée s’agiter seule. Leurs yeux transpercent la pénombre et voient celle-ci s’agiter, se secouer, de plus en plus fort, puis tout le chambranle est pris de folie. Un cliquetis nerveux donne vie à la serrure alors que toute la porte et les boiseries du couloir vibrent sous les coups de butoir d’un forcené qui paraît vouloir sortir de la pièce. D’abord pétrifiés, les garçons se regardent ensuite et, sans plus de parole ni de concertation, se mettent à hurler à l’unisson devant l’effrayant événement. Leur cri retentit comme une sirène, en continu, alors qu’ils se mettent à courir vers leurs chambres respectives. Ils ne sont qu’à quelques mètres de ce refuge bien fragile, quand la porte du fond du couloir s’ouvre à la volée avec fracas, baignant de lumière une tapisserie qui n’avait pas vu le jour depuis des lustres. Un nuage énorme de poussière distille le tout dans un brouillard épais. Les garçons se sont retournés et leur cri redouble de puissance. Jérémy s’engouffre dans sa chambre et claque violemment sa porte derrière lui. D’une main tremblante il tourne la clé et s’enferme. Il entend Peter faire de même. Le souffle court, il recule doucement, vers son lit, le visage tourné vers la porte de sa chambre. Il touche son lit, maintenant. Droit, interdit, il attend et écoute. Tout à coup, sur sa gauche, une autre porte s’ouvre. Il tourne la tête et une longue forme lui fait face. Jérémy hurle... et Peter aussi. Tous deux étouffent leur braillement et se retrouvent bêtement en vis-à-vis.

            « Tu m’as fait une de ces peurs, halète Peter.

-         Toi aussi !

-         Alors ? questionne le grand blond calquant des mâchoires.

-         Sais pas... »

Jérémy a l’impression d’avoir couru le marathon. Il n’arrive pas à reprendre haleine. Peter s’approche de lui, doucement. Ils écoutent. Le simple son de leur respiration ne les rassure pas. Ils pensent entendre des choses, des âmes... Leur cerveau vrombit. Mais à part leur imagination, rien. Jérémy se calme un peu et se rend à l’évidence : le mal est passé. Il se relâche et se casse en deux, le dos bombé, les bras ballants.

            « J’au cru mourir, souffle-t-il.

-         Personnellement, je suis décédé, gémit Peter. »

Jérémy s’assoie sur son lit, son camarade l’imite. Ils se regardent tous les deux puis partent dans un ricanement de soulagement... Stoppé net par la poignée de la porte de la chambre de Jérémy qui descend doucement. Elle reste abaissée un instant, puis remonte avec la même lenteur. Les deux garçons, la bouche ouverte, échangent un rapide regard puis se précipitent vers la chambre de Peter en passant par l’accès commun. Jérémy tend le bras, immobilise son ami au centre de la pièce et tous deux attendent en silence. L’inévitable se matérialise rapidement : la poignée, de ce côté ci, s’actionne de la même manière. Mais, heureusement, ici aussi, la clé est dans la serrure. Peter se plaque une main sur la bouche pour étouffer un gémissement. Nouvel échange de regards, nouveau passage dans la chambre attenante. Mais cette fois ci, rien. Jérémy s’avance doucement puis s’accroupit. Courageusement, Peter se pelotonne à côté de lui. Le garçon brun retire précautionneusement la clé et ose jeter un oeil. Le trou est petit, mais une légère lumière dans le couloir issue de la pièce interdite lui permet de discerner quelque chose... Jérémy ne peut retenir une exclamation. Là, contre le mur, un soldat de bois, sorte de poupée articulée d’une trentaine de centimètres, fait demi-tour à la manière des fantassins. La créature porte un habit mité et arbore un visage peint où seule la moustache reste encore à peu près identifiable, ce qui lui donne un air effrayant. Ses bottes sont matérialisées par de la peinture noire. Il claque ses jambes-buches, son arme à l’épaule, et balance un bras, entièrement articulé par des rivets rouillés, d’avant en arrière. Il repart vers le fond du couloir. Jérémy ne le voit plus mais son oeil reste « collé » à la serrure. La lumière s’éteint tout à coup. Jérémy se retrouve à scruter le noir.

            « Qu’est-ce que c’était ? pleurniche Peter.

-         Un jouet... chuchotte  son ami, l’air abasourdi. »

Il s’assoit, le dos contre la porte. Il hoche de la tête devant le caractère insensé de ce qu’il a vu.

            « C’était un grand soldat de bois...Haut...comme ça, reprend-il en indiquant la taille du pantin avec sa main. Il était... vieux... et sale. Un vieux jouet...

-         Il voulait entrer ! gémit le grand dadet.

-         Oui, il voulait entrer... et pas pour s’amuser, je crois.

-         J’aime pas ça...

-         Ben... moi non plus. »

Par marty crouz
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Jeudi 28 février 2008

Les deux enfants ont passé la nuit ensemble, d’abord allongés sur le lit côte à côté, puis l’un enroulé dans un énorme édredon, à même le sol, un coussin gigantesque en guise d’oreiller. Malgré la peur, la fatigue et le jeune âge des enfants ont eu raison des nerfs. Le sommeil a été suffisamment réparateur pour que le soleil du lendemain matin soit apprécié à sa juste valeur.

Mrs Chocolat pose le dernier bol sur la table de la cuisine. Une marmite en cuivre ronronne déjà sur le feu. Une légère odeur de poireau et d’oignon plane dans l’air, mélangée au parfum suave du café fraîchement préparé. Les deux garçons entrent en même temps, pantoufles aux pieds et pyjama froissé. Monsieur, lové sur sa chaise préférée, occupé à renifler les effluves de nourriture, lève un nez aplati et les suit du regard pendant qu’ils s’assoient. Maggie remarque les coups d’œil de ses deux attablés. Elle verse le lait chaud.

            « Bonjour les garçons, que me vaut ces mines réjouies ce matin ? demande-t-elle, d’une humeur enjouée.

-         Ben... commence Peter, en lançant une perche à son camarade. »

Mais son camarade ne la prend pas. Alors, un peu contrarié de devoir parler lui-même, il continue :

            «  Cette nuit on a eu vraiment la frousse.

-         Ah, oui ? »

Mrs Chocolat soulève le couvercle de sa marmite en cuivre et inhale le fumet qui s’en échappe ; elle prend une cuillère en bois.

            «  Vas-y Peter, je t’écoute... encourage-t-elle.

-         Le bruit, vous savez ? Les bruits qu’on entendait la nuit et qui venaient de la pièce du fond du couloir...

-         Ah, oui ! Cette pièce ! coupe Maggie. Oh, j’ai bien dit aux femmes de ménage de passer un coup de chiffon, mais je n’ai toujours pas vérifié si elles l’avaient fait ! Il faut que je m’en occupe avant le retour de Sir Stenton... »

Elle plonge la cuillère en bois dans la marmite et goutte avec précaution une sauce fumante. Elle claque sa langue dans le palais. Elle saisit le sel et en verse dans le creux de sa main.

Les enfants se rendent bien compte qu’elle a la tête ailleurs. Alors Jérémy prend le relais, au risque de paraître impoli, ce qu’il déteste.

            «  Maggie, nous avons encore été réveillés par des bruits, cette nuit. Peter et moi sommes allés voir. Et quelque chose a ouvert la porte violemment. Comme ça nous a fait peur, on a filé dans nos chambres en s’enfermant. Et ce... quelque chose... a essayé d’ouvrir nos portes. Après le calme est revenu. On a vraiment eu peur. »

Maggie repose le couvercle et se tourne vers les garçons, l’air sérieux, en s’essuyant les mains à son tablier. Elle réfléchit.

            « La porte du fond s’est finalement ouverte. Les boiseries ont dû beaucoup bouger avec le temps, alors.

-         Non ! Violemment ! rectifie Jérémy en essayant de rester aussi calme que possible.

-         C’est ça. L’humidité et un courant d’air, ça a ouvert la porte en claquant. »

Elle range deux assiettes dans un placard tout en parlant pour elle-même.

            «  Il faudra que j’aille voir si les boiseries du mur n’ont pas souffert, sinon Sir Stenton sera noir de colère. Certains pans datent du 18ème siècle... »

Jérémy fait un signe à son camarade en levant les mains au niveau de ses épaules : ils n’y peuvent rien, Maggie ne comprend pas ce qu’ils veulent dire. Peter en oublie son croissant.

            « Maggie, on vous a dit que « quelque chose » avait ouvert la porte et que ce « quelque chose » nous avait poursuivit jusqu’à nos chambres et avait essayé d’entrer ! »

La petite femme replète a bien entendu cette fois. Mais pour elle, cela est impossible.

            « Non, ce n’est pas possible ! Cette porte est fermée depuis des années, peut-être depuis des siècles. Sir Stenton, depuis qu’il habite ici, n’a jamais connu...

-... cette porte autrement que fermée ; on sait cela, Mrs Maggie, termine Jérémy. Mais je vous assure qu’on était deux, et qu’on ne rêvait pas, malheureusement. J’ai encore de la poussière sur le col de mon pyjama. »

Il n’explique pas que cette poussière vient du tableau qu’il a reçu sur la tête, car Mrs Chocolat sauterait sur lui pour vérifier que son crâne n’est pas fendu. Maggie secoue la tête, non dans un signe de réprobation, mais d’impuissance.

            « Il n’y a personne dans cette pièce, les enfants, mais je vous crois. Vous avez vu tout cela, bien. Mais je ne peux pas apporter de réponse. Restez là, je vais vérifier si la porte est toujours fermée ou si elle est encore ouverte. »

Elle les quitte, partie dans sa bonne volonté. Jérémy regarde son ami et murmure :

            « On devrait peut-être aller là-bas avec elle ?

-         C’est un truc d’adulte ! souffle Peter. »

Ce dernier a à peine osé jeter un regard vers le fond du couloir ce matin. Même Jérémy, qui a pourtant bien sondé les lieux, n’a pas osé retoucher la poignée poussiéreuse. Il s’en veut de ne pas être plus courageux. Il craint que Mrs Chocolat ne revienne jamais ! Nerveux, il tombe sur le regard de Monsieur. Mi-somnolant, mi-dédaigneux, l’animal dresse une tête qui tangue doucement, les yeux mi-clos. Et lui, savait-il quelque chose sur cette pièce ? On dit souvent que les animaux ont un sixième sens, qui leur permet de ressentir des malheurs avant même qu’ils n’arrivent... Il va partout dans la journée. Lui arrive-t-il de frôler cette porte, au fond du couloir du 1er étage ? D’un seul coup, Monsieur relève ses paupières. Ses deux billes d’opale brillent d’une incandescence inattendue. Jérémy en est surpris. Mais quelques micro secondes plus tard, Maggie revient. Elle a l’air un peu énervée.

            « Il y a une tonne de poussière sur le tapis, sur les rebords des boiseries et sur les cadres ! Un tableau s’est décroché, sans compter la serrure qui est toujours dégoûtante ! Je m’en vais passer un de ces savons aux femmes de... »

Elle retourne à ses fourneaux et se souvient enfin pourquoi elle a quitté la cuisine.

            « Ah, oui ! J’ai regardé : la porte est toujours bloquée. C’est sûrement un courant d’air violent qui a soulevé de la poussière sous le chambranle, ça a dû vous donner l’illusion d’une porte qui s’ouvre. Mes pauvres chéris, je suis sûre qu’il y a une entrée d’air dans cette pièce et que des oiseaux font un vacarme de tous les diables la nuit... A moins que ce ne soit des chauves souris, auquel cas, ça doit être propre là-dedans, tiens ! J’en parlerai à Sir Stenton à son retour, il faut qu’on fasse quelque chose. Jusqu’à maintenant ça ne gênait personne, mais vous ne pouvez pas continuer à être dérangés comme ça, en pleine nuit. »

Elle touille un liquide dans une casserole. Peter est abasourdi, Jérémy secoue la tête et boit finalement son café au lait.

Par marty crouz
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Jeudi 28 février 2008

Ceci est une annonce avant la reprise des posts. 
Je tiens seulement à avertir les rares personnes qui viennent ici que le 1er tome de "Les Jouets Du Manoir Stenton" est terminé. Bien sûr, vous n'avez pas tout lu !  Il y a eu également quelques retouches ...
Vous pouvez avoir la version reliée, papiée et éditée ! 
Le but n'est PAS DU TOUT commercial ! Le tarif sera celui du coût de fabrication par l'éditeur + les frais d'envoi ! Juste pour votre plaisir. Pour le mien : celui d'être lu par vous ! A bientôt... sur le papier... sur l'écran. Et merci !

D'ici quelques temps vous aurez aussi les 1ers extraits du tome 2. A bientôt !
Par marty crouz
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